Le secteur de l’information-orientation a été « dispensé » de réformes ces trente dernières années.
Le Cidj, l’aîné du réseau Information jeunesse, ouvre ses portes en 1969. L’Onisep naît en 1970, les Centres d’information et d’orientation sont créés en 1971. Le premier Centre information féminin (Cidf) date de 1972, Centre inffo de 1976.
Depuis, que s’est-il passé ? En quoi la classe politique a-t-elle pris conscience de la nécessaire évolution du concept de l’information-orientation ? En quoi les nouveaux modes de vie des jeunes et l’évolution profonde de l’activité professionnelle ont-ils été intégrés dans la façon d’informer ou d’orienter les jeunes ?
Un constat en préalable : il n’existe pas de formule idéale qui garantisse une excellente insertion professionnelle. Nous ne nous adressons pas à des machines mais à des individus, libres de leurs choix et sujets à énormément d’influences que nous ne contrôlons pas. Heureusement !
Eviter les certitudes faciles
Un des plus gros reproches adressé à l’information-orientation des jeunes est de ne pas tenir compte des débouchés. Entre le moment où un jeune s’informe et sa sortie dans le monde du travail, il s’écoule un minimum de cinq années. Qui peut faire des projections fiables à cinq ans ? C’est ainsi que l’institution scolaire a formé certaines années énormément d’informaticiens sous prétexte que nous en manquions. Quelques années plus tard, on ne savait plus quoi faire de ces jeunes à l'issue de leur formation !
Annoncer des débouchés fournit un éclairage mais ce n’est qu’un indicateur. De plus, ce n’est pas parce qu’une profession aura moins de débouchés que plus personne ne devra emprunter cette voie. Et même dans le cas où un besoin grandit, comment affirmer qu’une technologie nouvelle ne bouleversera pas les projections ?
Il faut que nous arrêtions de fonctionner avec des certitudes : « Si tu suis telles études, tu auras un bon emploi et un bon salaire toute ta vie. » Combien de jeunes, sortant du système scolaire, trouvent un emploi inférieur à leur compétences théoriques ? Les études donnent un niveau, le reste est question de « savoir-être » et cela ne s’apprend ni dans une école ni dans un stage.
Toujours dans le domaine de l’arithmétique, on souhaite « rendre attractive certaines filières ». C’est ainsi que depuis plusieurs années, souvent à l’initiative de fédérations professionnelles, de véritables « clips publicitaires » ont été produits. A quoi sert-il de dépenser autant d’argent pour attirer un jeune dans une branche, si une fois qu’il l’exerce, le métier ne lui convient pas ? Les employeurs souhaitent des jeunes motivés. Quelle motivation durable obtiendrons-nous en procédant de cette manière ?
Réfléchir ensemble
Enfin, il est absurde d’encenser ou de condamner les personnels chargés de l’information et (ou) de l’orientation des élèves. Comme dans toutes professions, on trouve des professionnels passionnés et compétents et des vrais laxistes. Il est également consternant de constater qu’on fustige l’efficacité des conseillers d’orientation psychologues alors que leur nombre diminue chaque année et que les autres réseaux d’information souffrent d’une pénurie dramatique de moyens financiers et de formation.
Dans ce contexte, on ne peut pas continuer à cautionner un cloisonnement aussi « étroit » entre les différents réseaux d’information ou d’orientation scolaire. Les réformettes mises en place ces dernières années ont cautionné les entreprises d’orientation privées (véritables centrales de coaching). Le saupoudrage des moyens dans le secteur public ou associatif de l’information des jeunes devient la règle. Notre secteur a besoin d’une réforme profonde. A l’heure où les régions revendiquent la responsabilité de l’information-orientation, il est urgent de réfléchir avec l’ensemble des structures qui contribuent à cette mission. Un peu d’objectivité et beaucoup de courage politique seront sans doute nécessaires pour réussir dans ce domaine.

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