"Peu importe l'authenticité, pourvu que le message passe. Il existe d'innombrables banques d'images microstocks souvent gratuites sur internet et de très bonne qualité grâce au numérique. Les professionnels les utilisent sans se poser de questions", résume Christian Ducasse de l'Union des photographes professionnels (UPP), interrogé par l'AFP.
"D'un échange d'images entre amateurs, on est passé à un marché dans lequel tout le monde puise sans frais ou presque au détriment des photographes professionnels. En communication, l'éthique n'existe pas, seul compte le symbolique", ajoute-t-il.
Et "au détriment de l'information !", fulmine Thierry Secretan, ex-rédacteur en chef de Sygma, révolté par "l'amateurisme des communicants" et "le fonctionnement juridique de certains sites d'images qui dépouillent les auteurs de leurs droits et empêchent toute authentification des sources".
Cette pratique trompeuse a parfois des conséquences fâcheuses, immédiatement relayées sur twitter, les réseaux sociaux et les médias.
Nicolas Sarkozy vient d'en faire les frais. A peine dévoilée, en pleine crise grecque, son affiche de campagne censée illustrer "la France forte" sur fond de mer Egée - une image provenant d'une banque de données américaine - a aussitôt été raillée, détournée et plagiée.
"Aucun commentaire", répond l'Elysée renvoyant au photographe qui a réalisé le portrait de Nicolas Sarkozy, dont l'agent assure ne pas savoir qui sont les auteurs de l'affiche.
En 2009, l'UMP avait déjà utilisé une source d'images exotiques pour vanter "la France qui change" : des petits Américains et leurs parents nageant dans le bonheur en Californie et dans le Wisconsin.
François Hollande s'est fait épingler lui aussi, après que ses militants ont affiché sur un site de soutien une photo censée représenter un de ses meetings, mais qui était un rassemblement de Nicolas Sarkozy, en 2007.
François Bayrou a également dû retirer une photo de son site officiel provenant d'une banque d'images américaine, déjà utilisée par la sécurité sociale britannique (NHS) et un des portails de Barack Obama.
"C'est une banalisation complète de l'image. On ne l'utilise que pour ce qu'elle connote, ce qu'elle dit au plus grand nombre, peu importe le fond, l'authenticité de l'information", analyse Frédéric Houssay, conseiller en communication.
"Cela s'applique aussi à l'information", dit-il, en évoquant "des images recyclées à l'infini par les chaînes de TV" et en citant d'anciennes images de patineurs sur les canaux gelés d'Amsterdam récemment diffusées au 20H00 pour illustrer la vague de froid.
Le comité régional du tourisme de Picardie en a lui aussi fait les frais. Dans une affiche pour promouvoir le champagne de l'Aisne, il a utilisé une photographie de vignobles de Californie, retirée depuis.
C'est la Paj, une association de photographes, auteurs et journalistes créée il y a un an, dont M. Secretan est le secrétaire général, qui a révélé l'affaire et soulevé un autre lièvre: un article sur le plus grand parc éolien de France, dans l'Aveyron, illustré par des éoliennes espagnoles sur le site Developpementdurable.com.
"Et il y en a tant d'autres ! dénonce-t-il. Foule en extase ou coucher de soleil, peu importe, l'image est un flux qui n'est plus rattaché à aucune information. Et tout cela sous-tendu par l'idée que l'info c'est gratuit, donc que ça ne vaut rien".
Par Sandra LACUT
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