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    <title>Ziki - Jean-Francois Ruiz's last published content</title>
    <link>http://www.ziki.com/en/jfruiz+28</link>
    <pubDate>sat, 05 Apr 2008 14:55:30 +0200</pubDate>
    <ttl>120</ttl>
    <description>My aggregated content at ziki.com</description>
    <item>
      <title>Le D&#233;sir de peindre (1862) - Charles Baudelaire</title>
      <link>http://www.lavoixdusavoir.com/le-desir-de-peindre-1862-charles-baudelaire</link>
      <description>
        <![CDATA[<div class="post_content wiki_text"><p>
  <strong>Charles Pierre Baudelaire</strong>, né à <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Paris" title="Paris">Paris</a> le <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/9_avril" title="9 avril">9 avril</a> <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/1821" title="1821">1821</a> et mort le <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/31_ao%C3%BBt" title="31 août">31 août</a> <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/1867" title="1867">1867</a> dans la même ville, est un <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Po%C3%A8te" title="Poète">poète</a> <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/France" title="France">français</a>.
</p>
<p>
  <img title="Charles Baudelaire photographié par Etienne Carjat" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/9/9d/Baudelaire1.jpg/250px-Baudelaire1.jpg" height="314" alt="Charles Baudelaire photographié par Etienne Carjat" width="250" />Baudelaire se vit reprocher son écriture et le choix de ses sujets. Il ne fut compris que par quelques-uns de ses pairs. Dans <em><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Figaro" title="Le Figaro">Le Figaro</a></em> du <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/5_juillet" title="5 juillet">5 juillet</a> <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/1857" title="1857">1857</a>, <a href="http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Gustave_Bourdin&amp;amp;action=edit&amp;amp;redlink=1" title="Gustave Bourdin (page inexistante)">Gustave Bourdin</a> réagit lors de la parution des <em><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Fleurs_du_mal" title="Les Fleurs du mal">Fleurs du mal</a></em> : « Il y a des moments où l’on doute de l’état mental de M. Baudelaire, il y en a où l’on n’en doute plus ; — c’est, la plupart du temps, la répétition monotone et préméditée des mêmes choses, des mêmes pensées. L’odieux y côtoie l’ignoble ; le repoussant s’y allie à l’infect… ». Aujourd’hui reconnu comme un <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89crivain" title="Écrivain">écrivain</a> majeur de l’histoire de la <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Po%C3%A9sie" title="Poésie">poésie</a> <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/France" title="France">française</a>, Baudelaire est devenu un classique. <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Jules_Barbey_d%27Aurevilly" title="Jules Barbey d&amp;apos;Aurevilly">Barbey d’Aurevilly</a> voyait en lui « un <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Dante_Alighieri" title="Dante Alighieri">Dante</a> d’une époque déchue » <sup><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Baudelaire#cite_note-0"><span>[</span>1<span>]</span></a></sup>.
</p>
<p>
  Au travers de son œuvre, Baudelaire a tenté de tisser et de démontrer les liens entre le mal et la beauté, le bonheur et l’idéal inaccessible (<em>À une passante</em>), la violence et la volupté (<em>Une martyre</em>). En parallèle de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Po%C3%A8me" title="Poème">poèmes</a> graves (<em>Semper Eadem</em>) ou scandaleux pour l’époque (<em>Delphine et Hippolyte</em>), il a exprimé la <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9lancolie" title="Mélancolie">mélancolie</a> (<em>Mœsta et errabunda</em>) et l’envie d’ailleurs (<em>L’Invitation au voyage</em>). Il a aussi extrait la <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Beaut%C3%A9" title="Beauté">beauté</a> de l’<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Horreur" title="Horreur">horreur</a> (<em>Une charogne</em>) .
</p>
<h2>
  <span>Texte choisi :</span>
</h2>
<p>
  <strong>Le Désir de peindre</strong> extrait de l’oeuvre “Le Spleen de Paris”, repris en 1864 sous le titre “Petits poèmes en prose”
</p>
<p>
  <br />
  Malheureux peut-être l’homme, mais heureux l’artiste que le désir déchire !
</p>
<p>
  Je brûle de peindre celle qui m’est apparue si rarement et qui a fui si vite, comme une belle chose regrettable derrière le voyageur emporté dans la nuit. Comme il y a longtemps déjà qu’elle a disparu !
</p>
<p>
  Elle est belle, et plus que belle ; elle est surprenante. En elle le noir abonde : et tout ce qu’elle inspire est nocturne et profond. Ses yeux sont deux antres où scintille vaguement le mystère, et son regard illumine comme l’éclair : c’est une explosion dans les ténèbres.
</p>
<p>
  Je la comparerais à un soleil noir, si l’on pouvait concevoir un astre noir versant la lumière et le bonheur. Mais elle fait plus volontiers penser à la lune, qui sans doute l’a marquée de sa redoutable influence ; non pas la lune blanche des idylles, qui ressemble à une froide mariée, mais la lune sinistre et enivrante, suspendue au fond d’une nuit orageuse et bousculée par les nuées qui courent ; non pas la lune paisible et discrète visitant le sommeil des hommes purs, mais la lune arrachée du ciel, vaincue et révoltée, que les Sorcières thessaliennes contraignent durement à danser sur l’herbe terrifiée!
</p>
<p>
  Dans son petit front habitent la volonté tenace et l’amour de la proie. Cependant, au bas de ce visage inquiétant, où des narines mobiles aspirent l’inconnu et l’impossible, éclate, avec une grâce inexprimable, le rire d’une grande bouche, rouge et blanche, et délicieuse, qui fait rêver au miracle d’une superbe fleur éclose dans un terrain volcanique.
</p>
<p>
  Il y a des femmes qui inspirent l’envie de les vaincre et de jouir d’elles ; mais celle-ci donne le désir de mourir lentement sous son regard.
</p><a href="http://www.lavoixdusavoir.com/index.php?tag=baudelaire">Baudelaire</a>, <a href="http://www.lavoixdusavoir.com/index.php?tag=charles-baudelaire">Charles Baudelaire</a>, <a href="http://www.lavoixdusavoir.com/index.php?tag=po%C3%A8mes">poèmes</a>, <a href="http://www.lavoixdusavoir.com/index.php?tag=po%C3%A9sie">poésie</a>, <a href="http://www.lavoixdusavoir.com/index.php?tag=prose">prose</a>, <a href="http://www.lavoixdusavoir.com/index.php?tag=spleen">spleen</a>
</div>]]>
      </description>
      <pubDate>sat, 05 Apr 2008 14:55:30 +0200</pubDate>
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    </item>
    <item>
      <title>Le petit pou et la petite puce  (des fr&#232;res Grimm)</title>
      <link>http://www.lavoixdusavoir.com/le-petit-pou-et-la-petite-puce-des-freres-grimm</link>
      <description>
        <![CDATA[<div class="post_content wiki_text"><p>
  Le petit pou et la petite puce
</p>
<p style="text-align: left;">
  <em>de Jakob et Wilhelm Grimm</em>
</p>
<p style="text-align: left;"></p>
<p style="text-align: left;">
  Le petit pou et la petite puce vivaient ensemble, tenaient ensemble leur petite maison et brassaient leur bière dans une coquille d’oeuf.
</p>
<p style="text-align: left;">
  Un jour le petit pou tomba dans la bière et s’ébouillanta. La petite puce se mit à pleurer à chaudes larmes. La petite porte de la salle s’étonna :
</p>
<p style="text-align: left;">
  – Pourquoi pleures-tu ainsi, petite puce ?
</p>
<p style="text-align: left;">
  – Parce que le pou s’est ébouillanté.
</p>
<p style="text-align: left;">
  La petite porte se mit à grincer et le petit balai dans le coin demanda :
</p>
<p style="text-align: left;">
  – Pourquoi grinces-tu ainsi, petite porte ?
</p>
<p style="text-align: left;">
  – Comment pourrais-je ne pas grincer !
</p>
<p style="text-align: left;">
  Le petit pou s’est ébouillanté, la petite puce en perd la santé.
</p>
<p style="text-align: left;">
  Le petit balai se mit à s’agiter de tous côtés. Une petite charrette qui passait par là, cria :
</p>
<p style="text-align: left;">
  – Pourquoi t’agites-tu ainsi, petit balai ?
</p>
<p style="text-align: left;">
  – Comment pourrais-je rester en place !
</p>
<p style="text-align: left;">
  Le petit pou s’est ébouillanté, la petite puce en perd la santé, et la petite porte grince à qui mieux mieux.
</p>
<p style="text-align: left;">
  Et la petite charrette dit :
</p>
<p style="text-align: left;">
  – Moi, je vais rouler. Et elle se mit à rouler à toute vitesse.
</p>
<p style="text-align: left;">
  Elle passa par le dépotoir et les balayures lui demandèrent :
</p>
<p style="text-align: left;">
  – Pourquoi fonces-tu ainsi, petite charrette ?
</p>
<p style="text-align: left;">
  – Comment pourrais-je ne pas foncer !
</p>
<p style="text-align: left;">
  Le petit pou s’est ébouillanté, la petite puce en perd la santé, la petite porte grince à qui mieux mieux, le balai s’agite, sauve-qui-peut !
</p>
<p style="text-align: left;">
  Les balayures décidèrent alors :
</p>
<p style="text-align: left;">
  – Nous allons brûler de toutes nos forces.
</p>
<p style="text-align: left;">
  Et elles s’enflammèrent aussitôt. Le petit arbre à côté du dépotoir demanda :
</p>
<p style="text-align: left;">
  – Allons, balayures, pourquoi brûlez-vous ainsi ?
</p>
<p style="text-align: left;">
  – Comment pourrions-nous ne pas brûler !
</p>
<p style="text-align: left;">
  Le petit pou s’est ébouillanté, la petite puce en perd la santé, la petite porte grince à qui mieux mieux, le balai s’agite, sauve-qui-peut ! La charrette fonce fendant les airs.
</p>
<p style="text-align: left;">
  Et le petit arbre dit :
</p>
<p style="text-align: left;">
  – Alors moi, je vais trembler.
</p>
<p style="text-align: left;">
  Et il se mit à trembler à en perdre toutes ses feuilles. Une petite fille, qui passait par là avec une cruche d’eau à la main, s’étonna :
</p>
<p style="text-align: left;">
  – Pourquoi trembles-tu ainsi, petit arbre ?
</p>
<p style="text-align: left;">
  – Comment pourrais-je ne pas trembler !
</p>
<p style="text-align: left;">
  Le petit pou s’est ébouillanté, la petite puce en perd la santé, la petite porte grince à qui mieux mieux, le balai s’agite, sauve-qui-peut ! la charrette fonce fendant les airs, les balayures brûlent en un feu d’enfer.
</p>
<p style="text-align: left;">
  Et la petite fille dit :
</p>
<p style="text-align: left;">
  – Alors moi, je vais casser ma cruche. Et elle la cassa.
</p>
<p style="text-align: left;">
  La petite source d’où jaillissait l’eau, demanda :
</p>
<p style="text-align: left;">
  – Pourquoi casses-tu ta cruche, petite fille ?
</p>
<p style="text-align: left;">
  – Comment pourrais-je ne pas la casser !
</p>
<p style="text-align: left;">
  Le petit pou s’est ébouillanté, la petite puce en perd la santé, la porte grince à qui mieux mieux, le balai s’agite, sauvequi-peut ! la charrette fonce fendant les airs, les balayures brûlent en un feu d’enfer. Et le petit arbre, le pauvre, du pied à la tête il tremble.
</p>
<p style="text-align: left;">
  – Ah bon, dit la petite source, alors moi, Je vais déborder.
</p>
<p style="text-align: left;">
  Et elle se mit à déborder ; et l’eau inonda tout en noyant la petite fille, le petit arbre, les balayures, la charrette, le petit balai, la petite porte, la petite puce et le petit pou, tous autant qu’ils étaient.
</p>
<p style="text-align: left;">
  <em>Les bruitages viennent de ce site: <a href="http://www.dinosoria.com/bruitages.htm">http://www.dinosoria.com/bruitages.htm</a></em>
</p><a href="http://www.lavoixdusavoir.com/index.php?tag=fr%C3%A8res-grimm">frères grimm</a>, <a href="http://www.lavoixdusavoir.com/index.php?tag=le-petit-pou-et-la-petit-puce">le petit pou et la petit puce</a>
</div>]]>
      </description>
      <pubDate>mon, 03 Dec 2007 17:33:38 +0100</pubDate>
      <guid isPermaLink="false">tag:ziki.com,2007:/article/5605171</guid>
    </item>
    <item>
      <title>Charles Perrault - Le petit Poucet (1)</title>
      <link>http://www.lavoixdusavoir.com/charles-perrault-le-petit-poucet-1</link>
      <description>
        <![CDATA[<div class="post_content wiki_text"><p>
  <em>C’est le chef-d’œuvre de Perrault ; il m’intimidait un peu et j’ai tardé à publier cette première moitié de la lecture…</em>
</p>
<p>
  <strong>Le petit Poucet</strong><br />
  <em>Conte</em>
</p>
<p>
  Il était une fois un Bûcheron et une Bûcheronne qui avaient sept enfants tous Garçons. L’aîné n’avait que dix ans, et le plus jeune n’en avait que sept. On s’étonnera que le Bûcheron ait eu tant d’enfants en si peu de temps; mais c’est que sa femme allait vite en besogne, et n’en faisait pas moins que deux à la fois. Ils étaient fort pauvres, et leurs sept enfants les incommodaient beaucoup, parce qu’aucun d’eux ne pouvait encore gagner sa vie. Ce qui les chagrinait encore, c’est que le plus jeune était fort délicat et ne disait mot: prenant pour bêtise ce qui était une marque de la bonté de son esprit. Il était fort petit, et quand il vint au monde, il n’était guère plus gros que le pouce, ce qui fit que l’on l’appela le petit Poucet. Ce pauvre enfant était le souffre-douleurs de la maison, et on lui donnait toujours le tort. Cependant il était le plus fin, et le plus avisé de tous ses frères, et s’il parlait peu, il écoutait beaucoup. Il vint une année très fâcheuse, et la famine fut si grande, que ces pauvres gens résolurent de se défaire de leurs enfants. Un soir que ces enfants étaient couchés, et que le Bûcheron était auprès du feu avec sa femme, il lui dit, le coeur serré de douleur: “Tu vois bien que nous ne pouvons plus nourrir nos enfants; je ne saurais les voir mourir de faim devant mes yeux, et je suis résolu de les mener perdre demain au bois, ce qui sera bien aisé, car tandis qu’ils s’amuseront à fagoter, nous n’avons qu’à nous enfuir sans qu’ils nous voient. - Ah! s’écria la Bûcheronne, pourrais-tu bien toi-même mener perdre tes enfants?” Son mari avait beau lui représenter leur grande pauvreté, elle ne pouvait y consentir; elle était pauvre, mais elle était leur mère. Cependant ayant considéré quelle douleur ce lui serait de les voir mourir de faim, elle y consentit, et alla se coucher en pleurant. Le petit Poucet ouït tout ce qu’ils dirent, car ayant entendu de dedans son lit qu’ils parlaient d’affaires, il s’était levé doucement, et s’était glissé sous l’escabelle de son père pour les écouter sans être vu. Il alla se recoucher et ne dormit point le reste de la nuit, songeant à ce qu’il avait à faire. Il se leva de bon matin, et alla au bord d’un ruisseau où il emplit ses poches de petits cailloux blancs, et ensuite revint à la maison. On partit, et le petit Poucet ne découvrit rien de tout ce qu’il savait à ses frères. Ils allèrent dans une forêt fort épaisse, où à dix pas de distance on ne se voyait pas l’un l’autre. Le Bûcheron se mit à couper du bois et ses enfants à ramasser les broutilles pour faire des fagots. Le père et la mère, les voyant occupés à travailler, s’éloignèrent d’eux insensiblement, et puis s’enfuient tout à coup par un petit sentier détourné. Lorsque ces enfants se virent seuls, ils se mirent à crier et à pleurer de toute leur force. Le petit Poucet les laissait crier, sachant bien par où il reviendrait à la maison; car en marchant il avait laissé tomber le long du chemin les petits cailloux blancs qu’il avait dans ses poches. Il leur dit donc: “Ne craignez point, mes frères; mon Père et ma Mère nous ont laissés ici, mais je vous remènerai bien au logis, suivez-moi seulement.” Ils le suivirent, et il les mena jusqu’à leur maison par le même chemin qu’ils étaient venus dans la forêt. Ils n’osèrent d’abord entrer, mais ils se mirent tous contre la porte pour écouter ce que disaient leur Père et leur Mère.<br />
  Dans le moment que le Bûcheron et la Bûcheronne arrivèrent chez eux, le Seigneur du Village leur envoya dix écus qu’il leur devait il y avait longtemps, et dont ils n’espéraient plus rien. Cela leur redonna la vie, car les pauvres gens mouraient de faim. Le Bûcheron envoya sur l’heure sa femme à la Boucherie. Comme il y avait longtemps qu’elle n’avait mangé, elle acheta trois fois plus de viande qu’il n’en fallait pour le souper de deux personnes. Lorsqu’ils furent rassasiés, la Bûcheronne dit: “Hélas! où sont maintenant nos pauvres enfants? Ils feraient bonne chère de ce qui nous reste là. Mais aussi, Guillaume, c’est toi qui les as voulu perdre; j’avais bien dit que nous nous en repentirions. Que font-ils maintenant dans cette Forêt? Hélas! mon Dieu, les Loups les ont peut-être déjà mangés! Tu es bien inhumain d’avoir perdu ainsi tes enfants.” Le Bûcheron s’impatienta à la fin, car elle redit plus de vingt fois qu’ils s’en repentiraient et qu’elle l’avait bien dit. Il la menaça de la battre si elle ne se taisait. Ce n’est pas que le Bûcheron ne fût peut-être encore plus fâché que sa femme, mais c’est qu’elle lui rompait la tête, et qu’il était de l’humeur de beaucoup d’autres gens, qui aiment fort les femmes qui disent bien, mais qui trouvent très importunes celles qui ont toujours bien dit. La Bûcheronne était toute en pleurs: “Hélas! où sont maintenant mes enfants, mes pauvres enfants?” Elle le dit une fois si haut que les enfants qui étaient à la porte, l’ayant entendu, se mirent à crier tous ensemble: “Nous voilà, nous voilà.” Elle courut vite leur ouvrir la porte, et leur dit en les embrassant: “Que je suis aise de vous revoir, mes chers enfants! Vous êtes bien las, et vous avez bien faim; et toi Pierrot, comme te voilà crotté, viens que je te débarbouille.” Ce Pierrot était son fils aîné qu’elle aimait plus que tous les autres, parce qu’il était un peu rousseau, et qu’elle était un peu rousse. Ils se mirent à Table, et mangèrent d’un appétit qui faisait plaisir au Père et à la Mère, à qui ils racontaient la peur qu’ils avaient eue dans la Forêt en parlant presque toujours tous ensemble. Ces bonnes gens étaient ravis de revoir leurs enfants avec eux, et cette joie dura tant que les dix écus durèrent. Mais lorsque l’argent fut dépensé, ils retombèrent dans leur premier chagrin, et résolurent de les perdre encore, et pour ne pas manquer leur coup, de les mener bien plus loin que la première fois. Ils ne purent parler de cela si secrètement qu’ils ne fussent entendus par le petit Poucet, qui fit son compte de sortir d’affaire comme il avait déjà fait; mais quoiqu’il se fût levé de bon matin pour aller ramasser des petits cailloux, il ne put en venir à bout, car il trouva la porte de la maison fermée à double tour. Il ne savait que faire, lorsque la Bûcheronne leur ayant donné à chacun un morceau de pain pour leur déjeuner, il songea qu’il pourrait se servir de son pain au lieu de cailloux en le jetant par miettes le long des chemins où ils passeraient; il le serra donc dans sa poche. Le Père et la Mère les menèrent dans l’endroit de la Forêt le plus épais et le plus obscur, et dès qu’ils y furent, ils gagnèrent un faux-fuyant et les laissèrent là. Le petit Poucet ne s’en chagrina pas beaucoup, parce qu’il croyait retrouver aisément son chemin par le moyen de son pain qu’il avait semé partout où il avait passé; mais il fut bien surpris lorsqu’il ne put en retrouver une seule miette; les Oiseaux étaient venus qui avaient tout mangé. Les voilà donc bien affligés, car plus ils marchaient, plus ils s’égaraient et s’enfonçaient dans la Forêt. La nuit vint, et il s’éleva un grand vent qui leur faisait des peurs épouvantables. Ils croyaient n’entendre de tous côtés que des hurlements de Loups qui venaient à eux pour les manger. Ils n’osaient presque se parler ni tourner la tête. Il survint une grosse pluie qui les perça jusqu’aux os; ils glissaient à chaque pas et tombaient dans la boue, d’où ils se relevaient tout crottés, ne sachant que faire de leurs mains. Le petit Poucet grimpa au haut d’un Arbre pour voir s’il ne découvrirait rien; ayant tourné la tête de tous côtés, il vit une petite lueur comme d’une chandelle, mais qui était bien loin par-delà la Forêt. Il descendit de l’arbre; et lorsqu’il fut à terre, il ne vit plus rien; cela le désola. Cependant, ayant marché quelque temps avec ses frères du côté qu’il avait vu la lumière, il la revit en sortant du Bois. Ils arrivèrent enfin à la maison où était cette chandelle, non sans bien des frayeurs, car souvent ils la perdaient de vue, ce qui leur arrivait toutes les fois qu’ils descendaient dans quelques fonds. Ils heurtèrent à la porte, et une bonne femme vint leur ouvrir. Elle leur demanda ce qu’ils voulaient; le petit Poucet lui dit qu’ils étaient de pauvres enfants qui s’étaient perdus dans la Forêt, et qui demandaient à coucher par charité. Cette femme les voyant tous si jolis se mit à pleurer, et leur dit: “Hélas! mes pauvres enfants, où êtes-vous venus? Savez-vous bien que c’est ici la maison d’un Ogre qui mange les petits enfants? - Hélas! Madame, lui répondit le petit Poucet, qui tremblait de toute sa force aussi bien que ses frères, que ferons-nous? Il est bien sûr que les Loups de la Forêt ne manqueront pas de nous manger cette nuit, si vous ne voulez pas nous retirer chez vous. Et cela étant, nous aimons mieux que ce soit Monsieur qui nous mange; peut-être qu’il aura pitié de nous, si vous voulez bien l’en prier.” La femme de l’Ogre qui crut qu’elle pourrait les cacher à son mari jusqu’au lendemain matin, les laissa entrer et les mena se chauffer auprès d’un bon feu; car il y avait un Mouton tout entier à la broche pour le souper de l’Ogre. Comme ils commençaient à se chauffer, ils entendirent heurter trois ou quatre grands coups à la porte: c’était l’Ogre qui revenait.
</p>
<p>
  <em>(à suivre)</em>
</p>
<p>
  Les ponctuations musicales, par ordre d’utilisation, proviennent de <a href="http://www.symphonisches-orchester.de/">l’orchestre symphonique de Fulda</a>, <a href="http://www.jamendo.com/fr/">Jamendo</a> (DaCapo, Sylvain Tallé), <a href="http://www.magnatune.com/">Magnatune</a>, et de <a href="http://www.mp3.com/artist/us-air-force-symphony-orchestra/summary/">l’orchestre symphonique de l’US Air Force</a>.
</p>No Tags
</div>]]>
      </description>
      <pubDate>wed, 21 Nov 2007 12:48:49 +0100</pubDate>
      <guid isPermaLink="false">tag:ziki.com,2007:/article/5374163</guid>
    </item>
    <item>
      <title>Jehan-Rictus, Les Soliloques du Pauvre - Le Revenant (1897)</title>
      <link>http://www.lavoixdusavoir.com/jehan-rictus-les-soliloques-du-pauvre-le-revenant-1897</link>
      <description>
        <![CDATA[<div class="post_content wiki_text"><p>
  <strong>Gabriel Randon</strong>, dit <strong>Jehan-Rictus</strong> (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Boulogne-sur-Mer" title="Boulogne-sur-Mer">Boulogne-sur-Mer</a>, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/23_septembre" title="23 septembre">23 septembre</a> <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/1867" title="1867">1867</a> - <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Paris" title="Paris">Paris</a>, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/6_novembre" title="6 novembre">6 novembre</a> <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/1933" title="1933">1933</a>) est un poète français, célèbre pour ses œuvres composées en langue populaire.
</p>
<h2>
  <span>Biographie</span>
</h2>
<p>
  <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Image:Steinlein-rictus.jpg" title="Illustration du printemps par Steinlen."><img src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/4/43/Steinlein-rictus.jpg/300px-Steinlein-rictus.jpg" height="442" alt="Illustration du printemps par Steinlen." width="300" /></a>Il naquit à Boulogne-sur-Mer et passa les premières années de son enfance entre Paris et la Grande-Bretagne.<br />
  Sa mère, Adine-Gabrielle Randon, était né des amours ancillaires d’un militaire, Joseph Randon.<br />
  Son père, qui ne l’avait pas reconnu légalement, aurait été professeur de gymnastique et aurait travaillé pour la Cour d’Angleterre.
</p>
<p>
  Gabriel avait 9 ans quand ses parents se séparèrent. La mère et l’enfant vinrent habiter Paris. Celle-ci était une caractérielle et avait pris son fils en grippe. Elle lui fit quitter l’école vers l’âge de 13 ans pour gagner sa vie. Entre 16 et 19 ans, il se sépara définitivement de cette mère avec qui il était en conflit permanent. Livré à lui-même, il survécut en exerçant divers petits métiers (livreur, manœuvre, balayeur, garçon de course, employé de commerce…). La vie ne lui fut guère clémente, et il se retrouva souvent sans toit, conduit à cotoyer les clochards et vagabonds de Paris.
</p>
<p>
  Cependant il fréquentait surtout le <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Montmartre_%28Seine%29" title="Montmartre (Seine)">Montmartre</a> des artistes et des anarchistes, écrivant des poèmes (d’une facture encore classique) qui furent publiés dans des revues. À partir de 1889 il occupa divers postes d’employé de bureau, mais s’y montra particulièrement instable. C’est dans l’un de ces bureaux qu’il put se lier d’amitié avec <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Albert_Samain" title="Albert Samain">Albert Samain</a>. Les deux poètes s’aidèrent pour faire entendre leurs voix dans les milieux littéraires.
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<p>
  Vers <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/1892" title="1892">1892</a>, il s’orienta vers le journalisme.
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<p>
  Puis lui vint l’idée de composer des poèmes où un clochard s’exprimerait dans le français populaire de l’époque. En <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/1895" title="1895">1895</a>, il débuta au cabaret des Quat’z'Arts, sous le pseudonyme de Jehan Rictus, qu’il gardera. (Notons que, sur la fin de sa vie, l’auteur insistait pour qu’on mette un trait d’union à son pseudonyme, ce que de nombreux éditeurs, critiques, etc. ont omis, considérant « Jehan » comme un prénom et « Rictus » comme un faux patronyme.)
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<p>
  Il remporta un franc succès dans ce métier de chansonnier, et fut invité à réciter ses poèmes non seulement dans les cabarets mais dans des fêtes syndicales et politiques, et dans des dîners mondains.
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  En <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/1897" title="1897">1897</a> parut en souscription son premier recueil, <em>Les Soliloques du pauvre</em>. Vite épuisé le livre fut réédité par le <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Mercure_de_France" title="Mercure de France">Mercure de France</a>. Il contient son poème le plus connu, <em>Le Revenant</em>, où un sans-abri croit rencontrer le <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/J%C3%A9sus_de_Nazareth" title="Jésus de Nazareth">Christ</a>.
</p>
<p>
  Un nouveau recueil <em>Doléances</em> en <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/1900" title="1900">1900</a>, puis <em>les Cantilènes du malheur</em> en <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/1902" title="1902">1902</a>, contenant en particulier <em>La Jasante de la Vieille</em>, où l’auteur fait parler la mère d’un guillotiné comme elle est venue se recueillir à la fosse commune où a été inhumé son fils.
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<p>
  Une édition refondu des <em>Soliloques</em> parut en <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/1903" title="1903">1903</a>. Parée de nombreuses illustrations de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Steinlen" title="Steinlen">Steinlen</a> c’est son livre le plus connu. L’unique roman de l’auteur, <em>Fil de fer</em>, parut en <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/1906" title="1906">1906</a>. Jehan-Rictus y évoque son enfance à la <em>Poil-de-carotte</em>. Parurent ensuite une pièce de théâtre en un acte, jouée en <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/1905" title="1905">1905</a> : <em>Dimanche et lundi férié ou le Numéro gagnant</em>, un essai pamphlétaire <em>Un bluff littéraire : le cas Edmond Rostand</em> en <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/1903" title="1903">1903</a>, une pantomime <em>la Femme du monde</em> en <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/1909" title="1909">1909</a>, d’autres poèmes isolés (<em>la Frousse</em> en <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/1903" title="1903">1903</a>, <em>les Petites Baraques</em> en <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/1907" title="1907">1907</a>).
</p>
<p>
  Il contribua également à de nombreuses revues (<em>L’Assiette au Beurre</em>, <em>Comoedia</em>), jusqu’à la parution en <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/1914" title="1914">1914</a> de son second recueil poétique majeur, <em>..le Cœur populaire</em>. Rictus fréquente le <em>Lapin agile</em>, où il rencontrera <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Guillaume_Apollinaire" title="Guillaume Apollinaire">Guillaume Apollinaire</a>, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Max_Jacob" title="Max Jacob">Max Jacob</a>… Après la guerre, il ne publia quasiment plus.
</p>
<p>
  Il revint sur le devant de la scène dans les années 1930, quand son amie la romancière <a href="http://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Jeanne_Landre&amp;amp;action=edit" title="Jeanne Landre">Jeanne Landre</a> publia <em>Les Soliloques du Pauvre de Jehan Rictus</em>, le premier livre à être consacré au poète, mais un facheux ouvrage tendant à établir une « légende Jehan Rictus ». En réalité le poète vivait correctement, bourgeoisement, de diverses ressources : droits d’auteurs, subsides publics et privés… Autre invention du poète : il serait petit-fils d’un Jacques Randon de Saint-Amant, comte et maréchal de France…
</p>
<p>
  Il mourut à Paris en 1934 à 66 ans. Il n’avait plus rien publié depuis 1914 mais son œuvre continuait à être connue ; ainsi la chanteuse <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Marie_Dubas" title="Marie Dubas">Marie Dubas</a> avait fait en 1934 une interprétation de <em>La Charlotte</em> qui eut un grand succès (mais que l’auteur désapprouva). Il laisse un immense <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Journal_intime" title="Journal intime">journal intime</a> inédit.
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<h2>
  <span>Texte choisi :</span>
</h2>
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  <em>Le Revenant</em> extrait des “<em>Soliloques du Pauvre</em>” (1897)
</p>
<p>
  I
</p>
<p>
  Des fois je m’ dis, lorsque j’ charrie<br />
  À douète… à gauche et sans savoir<br />
  Ma pauv’ bidoche en mal d’espoir,<br />
  Et quand j’ vois qu’ j’ai pas l’ droit d’ m’asseoir<br />
  Ou d’ roupiller dessus l’ trottoir<br />
  Ou l’ macadam de « ma » Patrie,
</p>
<p>
  Je m’ dis : — Tout d’ même, si qu’y r’viendrait !<br />
  Qui ça ?… Ben quoi ! Vous savez bien,<br />
  Eul’ l’ trimardeur galiléen,<br />
  L’ Rouquin au cœur pus grand qu’ la Vie !
</p>
<p>
  De quoi ? Ben, c’lui qui tout lardon<br />
  N’ se les roula pas dans d’ beaux langes<br />
  À caus’ que son double daron<br />
  Était si tell’ment purotain
</p>
<p>
  Qu’y dut l’ fair’ pondr’ su’ du crottin<br />
  Comm’ ça à la dure, à la fraîche,<br />
  À preuv’ que la paill’ de sa crèche<br />
  Navigua dans la bouse de vache.
</p>
<p>
  Si qu’y r’viendrait, l’Agneau sans tache ;<br />
  Si qu’y r’viendrait, l’ Bâtard de l’ Ange ?<br />
  C’lui qui pus tard s’ fit accrocher<br />
  À trent’-trois berg’s, en plein’ jeunesse<br />
  (Mêm’ qu’il est pas cor dépendu !),<br />
  Histoir’ de rach’ter ses frangins<br />
  Qui euss’ l’ont vendu et r’vendu ;<br />
  Car tout l’ monde en a tiré d’ l’or<br />
  D’pis Judas jusqu’à Grandmachin !
</p>
<p>
  L’ gas dont l’ jacqu’ter y s’en allait<br />
  Comm’ qui eût dit un ruisseau d’ lait,<br />
  Mais qu’a tourné, qui s’a aigri<br />
  Comm’ le lait tourn’ dans eun’ crém’rie<br />
  Quand la crémière à ses anglais !
</p>
<p>
  (La crémièr’, c’est l’Humanité<br />
  Qui n’ peut approcher d’ la Bonté<br />
  Sans qu’ cell’-ci, comm’ le lait, n’ s’aigrisse<br />
  Et n’ tourne aussitôt en malice !)
</p>
<p>
  Si qu’y r’viendrait ! Si qu’y r’viendrait,<br />
  L’Homm’ Bleu qui marchait su’ la mer<br />
  Et qu’était la Foi en balade :
</p>
<p>
  Lui qui pour tous les malheureux<br />
  Avait putôt sous l’ téton gauche<br />
  En façon d’ cœur… un Douloureux.<br />
  (Preuv’ qui guérissait les malades<br />
  Rien qu’à les voir dans l’ blanc des yeux,<br />
  C’ qui rendait les méd’cins furieux.)
</p>
<p>
  L’ gas qu’en a fait du joli<br />
  Et qui pour les muffs de son temps<br />
  N’tait pas toujours des pus polis !
</p>
<p>
  Car y disait à ses Apôtres :<br />
  — Aimez-vous ben les uns les autres,<br />
  Faut tous êt’ copains su’ la Terre,<br />
  Faudrait voir à c’ qu’y gn’ait pus d’ guerres<br />
  Et voir à n’ pus s’ buter dans l’ nez,<br />
  Autrement vous s’rez tous damnés.
</p>
<p>
  Et pis encor :<br />
  — Malheur aux riches !<br />
  Heureux les poilus sans pognon,<br />
  Un chameau s’ enfil’rait ben mieux<br />
  Par le petit trou d’eune aiguille<br />
  Qu’un michet n’entrerait aux cieux !
</p>
<p>
  L’ mec qu’était gobé par les femmes<br />
  (Au point qu’ c’en était scandaleux),<br />
  L’Homme aux beaux yeux, l’Homme aux beaux rêves<br />
  Eul’ l’ charpentier toujours en grève,<br />
  L’artiss’, le meneur, l’anarcho,<br />
  L’entrelardé d’ cambrioleurs
</p>
<p>
  (Ça s’rait-y paradoxal ?)<br />
  L’ gas qu’a porté su’ sa dorsale<br />
  Eune aut’ croix qu’ la Légion d’Honneur !
</p>
<p>
  II
</p>
<p>
  Si qu’y r’viendrait, si qu’y r’viendrait !<br />
  Tout d’un coup… ji… en sans façons,<br />
  L’ modèl’ des méniss’s économes,<br />
  Lui qui gavait pus d’ cinq mille hommes<br />
  N’avec trois pains et sept poissons.
</p>
<p>
  Si qu’y r’viendrait juste ed’ not’ temps<br />
  Quoi donc qu’y s’ mettrait dans l’ battant ?<br />
  Ah ! lui, dont à présent on s’ fout<br />
  (Surtout les ceuss qui dis’nt qu’ils l’aiment).
</p>
<p>
  P’têt’ ben qu’y n’aurait qu’ du dégoût<br />
  Pour c’ qu’a produit son sacrifice,<br />
  Et qu’ cette fois-ci en bonn’ justice<br />
  L’aurait envie d’ nous fout’ des coups !
</p>
<p>
  Si qu’y r’viendrait… si qu’y r’viendrait<br />
  Quéqu’ jour comm’ ça sans crier gare,<br />
  En douce, en pénars, en mariolle,<br />
  De Montsouris à Batignolles,<br />
  Nom d’un nom ! Qué coup d’ Trafalgar !
</p>
<p>
  Devant cett’ figur’ d’honnête homme<br />
  Quoi y diraient nos négociants ?<br />
  (Lui qui bûchait su’ les marchands)<br />
  Et c’est l’ Pap’ qui s’rait affolé<br />
  Si des fois y pass’rait par Rome
</p>
<p>
  (Le Pap’, qu’est pus riche que Crésus.)<br />
  J’en ai l’ frisson rien qu’ d’y penser.<br />
  Si pourtant qu’y r’viendrait Jésus,
</p>
<p>
  Lui, et sa gueul’ de Désolé !
</p>
<p>
  II
</p>
<p>
  Eh ben ! moi… hier, j’ l’ai rencontré<br />
  Après menuit, au coin d’eun’ rue,<br />
  Incognito comm’ les passants<br />
  Des tifs d’argent dans sa perrugue<br />
  Et pour un Guieu qui s’ paye eun’ fugue<br />
  Y n’était pas resplendissant !
</p>
<p>
  Y n’est v’nu su’ moi et j’y ai dit :<br />
  — Bonsoir… te v’là ? Comment, c’est toi ?<br />
  Comme on s’ rencontr’… n’en v’là d’eun’ chance !<br />
  Tu m’épat’s… t’es sorti d’ ta Croix ?<br />
  Ça n’a pas dû êt’ très facile…<br />
  Ben… ça fait rien, va, malgré l’ foid,<br />
  Malgré que j’ soye sans domicile,<br />
  J’ suis content d’ fair’ ta connaissance
</p>
<p>
  — C’est vraiment toi… gn’a pas d’erreur !<br />
  Bon sang d’ bon sang… n’en v’là d’eun’ tuile !<br />
  Qué chahut d’main dans Paris !<br />
  Oh ! là là, qué bouzin d’ voleurs :<br />
  Les jornaux vont s’ vend’ par cent mille !<br />
  — Eud’mandez : « Le R’tour d’ Jésus-Christ ! »<br />
  — Faut voir : « L’Arrivée du Sauveur !!! »
</p>
<p>
  — Ho ! tas d’ gouapeurs ! Hé pauv’s morues,<br />
  Sentinell’s des miséricordes,<br />
  Vous savez pas, vous savez pas ?<br />
  (Gn’a d’ quoi se l’esstraire et s’ la morde !)
</p>
<p>
  Rappliquez chaud ! Gn’a l’ fils de Dieu<br />
  Qui vient d’ déringoler des cieux<br />
  Et qui comme aut’fois est sans pieu,<br />
  Su’ l’ pavé… quoi… sans feu ni lieu<br />
  Comm’ nous les muffs, comm’ vous les grues !!!
</p>
<p>
  — (Chut ! fermons ça… v’là les agents !)<br />
  T’entends leur pas… intelligent ?<br />
  Y s’ charg’raient d’ nous trouver eun’ turne.<br />
  (Viens par ici… pet ! crucifié.)<br />
  Tu sais… faurait pas nous y fier.<br />
  Déjà dans l’ squar’ des Oliviers,<br />
  Tu as fait du tapag’ nocturne ;
</p>
<p>
  — Aujord’hui… ça s’rait l’ mêm’ tabac,<br />
  Autrement dit, la même histoire,<br />
  Et je n’ te crois pus l’estomac<br />
  De r’subir la scèn’ du Prétoire !<br />
  — Viens ! que j’ te r’garde… ah ! comm’ t’es blanc.<br />
  Ah ! comm’ t’es pâl’… comm’ t’as l’air triste.<br />
  (T’as tout à fait l’air d’un artiste !<br />
  D’un d’ ces poireaux qui font des vers<br />
  Malgré les conseils les pus sages,<br />
  Et qu’ les borgeois guign’nt de travers,<br />
  Jusqu’à c’ qu’y fass’nt un rich’ mariage !)
</p>
<p>
  — Ah ! comm’ t’es pâle… ah ! comm’ t’es blanc,<br />
  Tu guerlott’s, tu dis rien… tu trembles.<br />
  (T’ as pas bouffé, sûr… ni dormi !)<br />
  Pauv’ vieux, va… si qu’on s’rait amis<br />
  Veux-tu qu’on s’assoye su’ un banc,<br />
  Ou veux-tu qu’on balade ensemble…
</p>
<p>
  — Ah ! comm’ t’ es pâle… ah ! comm’ t’ es blanc,<br />
  T’ as toujours ton coup d’ lingue au flanc ?<br />
  De quoi… a saign’nt encor tes plaies ?<br />
  Et tes mains… tes pauv’s mains trouées<br />
  Qui c’est qui les a déclouées ?<br />
  Et tes pauv’s pieds nus su’ l’ bitume,<br />
  Tes pieds à jour… percés au fer,<br />
  Tes pieds crevés font courant d’air,<br />
  Et tu vas chopper un bon rhume !
</p>
<p>
  — Ah ! comm’ t’ es pâle… ah ! comm’ t’ es blanc,<br />
  Sais-tu qu’ t’ as l’air d’un Revenant,<br />
  Ou d’un clair de lune en tournée ?<br />
  T’ es maigre et t’ es dégingandé,<br />
  Tu d’vais êt’ comm’ ça en Judée<br />
  Au temps où tu t’ proclamais Roi !<br />
  À présent t’ es comme en farine.<br />
  Tu dois t’en aller d’ la poitrine<br />
  Ou ben… c’est ell’ qui s’en va d’ toi !
</p>
<p>
  — Quéqu’ tu viens fair’ ? T’ es pas marteau ?<br />
  D’où c’est qu’ t’ es v’nu ? D’en bas, d’en haut ?<br />
  Quelle est la rout’ que t’ as suivie ?<br />
  C’est-y qu’ tu r’commenc’rais ta Vie ?<br />
  Es-tu v’nu sercher du cravail ?<br />
  (Ben… t’ as pas d’ vein’, car en c’ moment,<br />
  Mon vieux, rien n’ va dans l’ bâtiment) ;<br />
  (Pis, tu sauras qu’ su’ nos chantiers<br />
  On veut pus voir les étrangers !)
</p>
<p>
  — Quoi tu pens’s de not’ Société ?<br />
  Des becs de gaz… des électriques.<br />
  Ho ! N’en v’là des temps héroïques !<br />
  Voyons ? Cause un peu ? Tu dis rien !<br />
  T’ es là comme un paquet d’ rancœurs.<br />
  T’ es muet ? T’ es bouché, t’ es aveugle ?<br />
  Yaou… ! T’ entends pas ce hurlement ?<br />
  C’est l’ cri des chiens d’ fer, des r’morqueurs,<br />
  C’est l’ cri d’ l’Usine en mal d’enfant,
</p>
<p>
  C’est l’ Désespoir présent qui beugle !
</p>
<p>
  IV
</p>
<p>
  — Ed’ ton temps, c’était comme aujord’hui ?<br />
  Quand un gas tombait dans la pure<br />
  Est-c’ qu’on l’ laissait crever la nuit<br />
  Sans pèz’, sans rif et sans toiture ?
</p>
<p>
  — (Pass’ que maint’nant gn’a du progrès,<br />
  Ainsi quand gn’a trop d’ vagabonds<br />
  Ben on les transmet au Gabon.)<br />
  Ceux d’ bon gré et ceux d’ mauvais gré<br />
  Et ceuss comm’ toi qu’ont la manie<br />
  D’ trouver que l’ monde est routinier,<br />
  Ben on les fout dans l’ mêm’ pagnier.<br />
  (Dam ! le Français est casanier,<br />
  Faut ben meubler les colonies !)
</p>
<p>
  — On parle encor de toi, tu sais !<br />
  Voui on en parle en abondance,<br />
  On s’ fait ta tête et on s’ la paie,<br />
  T’ es à la roue… t’ es au théâtre,<br />
  On t’ met en vers et en musique,<br />
  T’ es d’venu un objet d’ Guignol,<br />
  (Ça, ça veut dir’ qu’ tu as la guigne.)
</p>
<p>
  — Ousqu’il est ton ami Lazare ?<br />
  Et Simon Pierre ? Et tes copains…<br />
  Et Judas qui bouffait ton pain<br />
  Tout en t’ vendant comme au bazar ?<br />
  Et tes frangins et ta daronne<br />
  Et ton dab, qu’était ben jean-jean !
</p>
<p>
  Te v’là, t’es seul ! On t’abandonne !
</p>
<p>
  — Et Mad’leine… ousqu’alle est passée ?<br />
  (Ah ! pauv’ Mad’leine… pauv’ défleurie,<br />
  Elle et ses beaux nénés tremblants,<br />
  Criant pitié, miaulant misère,<br />
  Ses pauv’s tétons en pomm’s d’amour<br />
  Qu’ étaient aussi deux poir’s d’angoisse<br />
  Qu’on s’ s’rait ben foutu dans l’ clapet.)
</p>
<p>
  — C’était la paix, c’était la Vie.<br />
  Ah ! tout fout l’ camp et vrai, ma foi,<br />
  T’ aurais mieux fait d’ te mett’ en croix<br />
  Contr’ son ventr’ nu… contr’ sa poitrine,<br />
  Ces dardés-là t’euss’nt pas blessé,<br />
  Sûr t’aurais mieux fait… d’ l’embrasser :<br />
  A n’avait un pépin pour toi !
</p>
<p>
  V
</p>
<p>
  Ah ! Généreux !… ah ! Bien-aimé,<br />
  Tout ton monde y s’a défilé<br />
  Et comm’ jadis, au Golgotha :<br />
  Eli lamma Sabacthani,<br />
  Ou n, i, ni c’est ben fini.
</p>
<p>
  Eh ! blanc youpin… eh ! pauv’ raté !<br />
  Tout ton Œuvre il a avorté<br />
  Toi, ton Étoile et ta Colombe<br />
  Déringol’nt dans l’éternité ;<br />
  Tu dois en avoir d’ l’amertume.<br />
  Même à présent quand la neig’ tombe :
</p>
<p>
  (On croirait tes Ang’s qui s’ déplument !)
</p>
<p>
  Là, là, mon pauv’ vieux, qué désastre !<br />
  Gn’en a pas d’ pareil sous les astres,<br />
  Et faut qu’ ça soye moi qui voye ça ?<br />
  Et dir’ que nous v’là toi z’et moi,<br />
  Des bouff-la-guign’, des citoyens<br />
  Qu’ ont pas l’ moyen d’avoir d’ moyens.
</p>
<p>
  Et que j’ suis là, moi, bon couillon,<br />
  À t’ causer… à t’ fair’ du chagrin,<br />
  Et que j’ sens qu’ tu vas défaillir<br />
  Et que j’ai mêm’ rien à t’offrir,<br />
  Pas un verre… un bol de bouillon !
</p>
<p>
  Ohé, les beaux messieurs et dames<br />
  Qui poireautez dans les Mad’leines,<br />
  Curés, évêques, sacristains,<br />
  Maçons, protestants, tout’ la clique,<br />
  Maqu’reaux d’ vot’ Dieu, hé ! catholiques,<br />
  Envoyez-nous un bout d’hostie :
</p>
<p>
  G’na Jésus-Christ qui meurt de faim !
</p>
<p>
  VI
</p>
<p>
  — Et pourtant, vrai, c’ qu’on caus’ de toi !<br />
  (Ah ! faut voir ça dans les églises,<br />
  Dans les jornaux, dans les bouquins !)<br />
  Tout l’ monde y bouff’ de ton cadavre<br />
  (Mêm’ les ceuss qui t’en veul’nt le plus !)
</p>
<p>
  Sous la meilleur’ des Républiques<br />
  Gn’en a qu’ ont voulu t’ décrocher,<br />
  D’aut’s inaugur’nt des basiliques<br />
  Où tu peux seul’ment pas coucher.
</p>
<p>
  — Et tout ça s’ passe en du clabaud !<br />
  Et quand y faut payer d’ sa peau,<br />
  Quand faut imiter l’ Fils de l’Homme,<br />
  Oh ! là, là, gn’a rien d’ fait… des pommes !
</p>
<p>
  Les sentiments sont vit’ bouclés,<br />
  À la r’voyure, un tour de clé !<br />
  Les uns y z’ont les pieds nick’lés,<br />
  Les aut’s y les ont en dentelles !
</p>
<p>
  — (Toi au moins t’ étais un sincère,<br />
  Tu marchais… tu marchais toujours ;<br />
  (Ah ! cœur amoureux, cœur amer)<br />
  Tu marchais mêm’ dessur la mer<br />
  Et t’ as marché… jusqu’au Calvaire !)
</p>
<p>
  — Et dir’ que nous v’là dans les rues<br />
  (Moi, passe encor, mais toi ! oh ! toi !)<br />
  Et nous somm’s pas si loin d’ Noël ;<br />
  T’es presque à poils comme autrefois,<br />
  Tout près du jour où ta venue<br />
  Troublait les luisants et les Rois !
</p>
<p>
  Ah ! mes souv’nirs… ah ! mon enfance<br />
  (Qui s’est putôt mal terminée),<br />
  Mes ribouis dans la cheminée,<br />
  Mes mirlitons… mes joujoux d’ bois !
</p>
<p>
  — Ah ! mes prièr’s… ah ! mes croyances !<br />
  — Mais ! gn’a donc pus rien dans le ciel !
</p>
<p>
  — Sûr ! gn’a pus rien ! Quelle infortune !<br />
  (J’ suis mêm’ pas sûr qu’y ait cor la Lune.)<br />
  Sûr ! gn’a pus rien, mêm’ que peut-être<br />
  Y gn’a jamais, jamais rien eu…
</p>
<p>
  VII
</p>
<p>
  Mais à présent… quoi qu’ tu vas foutre ?<br />
  Fair’ des bagots… ou ben encor<br />
  Aux Hall’s… décharger les primeurs !<br />
  (N’ va pas chez Drumont on t’ bouff’rait)<br />
  Après tout, tu n’étais qu’un youtre !
</p>
<p>
  — Si j’ te servais tes Paraboles !
</p>
<p>
  Heureux les Simpl’s, heureux les Pauvres,<br />
  Eul’ Royaum’ des Cieux est à euss.
</p>
<p>
  — (C’est avec ça qu’on nous empaume,<br />
  Qu’on s’ cal’ des briqu’s et des moellons)<br />
  Ben, tu sais, j’ m’en fous d’ ton Royaume ;<br />
  J’am’rais ben mieux des patalons<br />
  Eun’ soupe, eun’ niche et d’ l’amitié.
</p>
<p>
  (Car quoiqu’ t’ ay’ ben fait ton métier<br />
  Toi, ton grand cœur et ta pitié,<br />
  N’empêch’nt pas d’avoir foid aux pieds !)
</p>
<p>
  — Ainsi arr’gard’ les masons closes<br />
  Où roupill’nt ceuss’ qui croient en Toi.<br />
  Sûr qu’ t’es là, su’ des bénitiers<br />
  Dans les piaul’s… à la têt’ des pieux ;<br />
  Crois-tu qu’un seul de ces genss’ pieux<br />
  Vourait t’abriter sous son toit ?
</p>
<p>
  VIII
</p>
<p>
  Ah ! toi qu’on dit l’Emp’reur des Pauvres<br />
  Ben ton règne il est arrivé.<br />
  Tu d’vais r’venir, tu l’as promis,<br />
  Assis su’ ton trône et « plein d’ gloire »<br />
  Avec les Justes à ta droite ;<br />
  Et te v’là seul dans la nuit noire<br />
  Comm’ un diab’ qu’est sorti d’ sa boîte !<br />
  Sais-tu seul’ment où est ta gauche ?
</p>
<p>
  Oh ! voui t’es là d’pis deux mille ans<br />
  Su’ un bout d’ bois t’ouvr’ tes bras blancs<br />
  Comme un oiseau qu’ écart’ les ailes,<br />
  Tes bras ouverts ouvrent… le ciel<br />
  Mais bouch’nt l’espoir de mieux bouffer<br />
  Aux gas qui n’ croient pus qu’à la Terre.
</p>
<p>
  Oh ! oui t’es là, t’ouvr’ tes bras blancs<br />
  Et vrai d’pis Y temps qu’on t’a figé<br />
  C’ que t’en as vu des affligés,<br />
  Des fous, des sag’s ou des d’moiselles<br />
  Combien d’ mains s’ sont tendues vers toi<br />
  Sans qu’ t’aye pipé, sans qu’ t’aye bronché !
</p>
<p>
  Avoue-le va… t’ es impuissant,<br />
  Tu clos tes châss’s, t’ as pas d’ scrupules,<br />
  Tu protèg’s avec l’ mêm’ sang-froid<br />
  L’ sommeil des Bons et des Crapules.<br />
  Et quand on perd quéqu’un qu’on aime,<br />
  Tu décor’s, mais tu consol’s pas.
</p>
<p>
  Ah ! rien n’ t’émeut, va, ouvr’ les bras,<br />
  Prends ton essor et n’ reviens pas ;<br />
  T’ es l’Étendard des sans-courage,<br />
  T’ es l’Albatros du Grand Naufrage,<br />
  T’ es le Goëland du Malheur !
</p>
<p>
  IX
</p>
<p>
  Quiens ! ôt’-toi d’ là et prends ta course,<br />
  Débin’, cavale ou tu vas voir,
</p>
<p>
  Aussi vrai qu’ j’ai un nom d’ baptême<br />
  Et qu’ nous v’là tous deux dans la boue,<br />
  Aussi vrai que j’ suis qu’eun’ vadrouille,<br />
  Un bat-la-crève, un fout-la-faim<br />
  Et toi un Guieu magasin d’ giffes.
</p>
<p>
  Ej’ m’en vas t’ buter dans la tronche,<br />
  J’ vas t’ boulotter la pomm’ d’Adam,<br />
  J’ m’en vas t’ rincer, gare à ta peau !
</p>
<p>
  En v’là assez… j’ m’en vas t’ saigner.<br />
  J’ai soupé, moi, des Résignés<br />
  J’ai mon blot des Idéalisses !
</p>
<p>
  — Arrière, arrièr’, n’ va pas pus loin !<br />
  Un moment vient où tout s’ fait vieux,<br />
  Où les pus bell’s chos’s perd’nt leurs charmes :
</p>
<p>
  (Oh ! v’là qu’ tu pleur’s, et des vraies larmes !<br />
  Tout va s’écrouler, nom de Dieu !)
</p>
<p>
  — Ah ! je m’ gondole… ah ! je m’ dandine…<br />
  Rien n’ s’écroule, y aura pas d’ débâcle ;<br />
  Eh l’Homme à la puissance divine !<br />
  Eh ! fils de Dieu ! fais un miracle !
</p>
<p>
  X
</p>
<p>
  — Et Jésus-Christ s’en est allé<br />
  Sans un mot qui pût m’ consoler,<br />
  Avec eun’ gueul’ si retournée<br />
  Et des mirett’s si désolées<br />
  Que j’ m’en souviendrai tout’ ma vie.
</p>
<p>
  Et à c’ moment-là, le jour vint<br />
  Et j’ m’aperçus que l’Homm’ Divin..<br />
  C’était moi, que j’ m’étais collé<br />
  D’vant l’ miroitant d’un marchand d’ vins !
</p>
<p>
  On perd son temps à s’engueuler…
</p>No Tags
</div>]]>
      </description>
      <pubDate>mon, 19 Nov 2007 16:31:53 +0100</pubDate>
      <guid isPermaLink="false">tag:ziki.com,2007:/article/5343120</guid>
    </item>
    <item>
      <title>Mme Leprince de Beaumont - Conte des trois souhaits</title>
      <link>http://www.lavoixdusavoir.com/mme-leprince-de-beaumont-conte-des-trois-souhaits</link>
      <description>
        <![CDATA[<div class="post_content wiki_text"><p>
  <strong>Jeanne-Marie Leprince de Beaumont (1711-1780)</strong>
</p>
<p>
  <em>Je dépose cette lecture pour qu’on compare cette version du XVIIIe siècle avec le récit de Perrault. Noter par exemple que Mme Leprince de Beaumont préfère l’unité de lieu aux scènes successives de Perrault (tout se passe dans la chambre d’une maison, qui n’est pas une chaumière, puisqu’on peut se jeter par la fenêtre), qu’elle remplace Jupiter par une fée, et que la conclusion, qui était satirique chez Perrault (des sots, même quand on leur donne la possibilité de sortir de leur misère, sont incapables de rien imaginer), devient morale chez la conteuse du XVIIIe : il faut accepter sa condition et on ne doit rien souhaiter si on a déjà tout pour être content. Les deux contes plaident donc à leur façon pour le fixisme social. Le conte de Perrault me paraît toutefois beaucoup plus riche. Autre constatation amusante : chez Perrault, c’est l’homme qui commet la étourderies fatales ; la conteuse prête la première à la femme, tandis que la deuxième est expliquée par la juste indignation du mari.</em>
</p>
<p>
  J’ai utilisé une musique de <strong>Sylvain Tallé</strong> (<em>alias</em> DaCapo), tirée de son dernier album <a href="http://www.jamendo.com/fr/album/7070/">“Musiques en principauté de Boisbelle”</a>, disponible sur <a href="http://www.jamendo.com/">Jamendo</a>.
</p>
<p>
  Il y avait une fois un homme qui n’était pas fort riche ; il se maria et épousa une jolie femme. Un soir, en hiver, qu’ils étaient auprès du feu, ils s’entretenaient du bonheur de leurs voisins qui étaient plus riches qu’eux.<br />
  « Oh ! si j’étais la maîtresse d’avoir tout ce que je souhaiterais, dit la femme, je serais bientôt plus heureuse que tous ces gens-là.<br />
  - Et moi aussi, dit le mari ; je voudrais être au temps des fées, et qu’il s’en trouvât une assez bonne, pour m’accorder tout ce que je voudrais. »<br />
  Dans le même temps, ils virent dans leur chambre une très belle dame, qui leur dit :<br />
  « Je suis une fée ; je vous promets de vous accorder les trois premières choses que vous souhaiterez ; mais prenez-y garde : après avoir souhaité trois choses, je ne vous accorderai plus rien. »<br />
  La fée ayant disparu, cet homme et cette femme furent très embarrassés.<br />
  « Pour moi, dit la femme, si je suis la maîtresse, je sais bien ce que je souhaiterais : je ne souhaite pas encore, mais il me semble qu’il n’y a rien de si bon que d’être belle, riche, et de qualité.<br />
  - Mais, répondit le mari, avec ces choses on peut être malade, chagrin, on peut mourir jeune : il serait plus sage de souhaiter de la santé, de la joie, et une longue vie.<br />
  - Et à quoi servirait une longue vie, si l’on était pauvre, dit la femme, cela ne servirait qu’à être malheureux plus longtemps. En vérité, la fée aurait dû nous promettre de nous accorder une douzaine de dons ; car il y a au moins une douzaine de choses dont j’aurais besoin.<br />
  - Cela est vrai, dit le mari, mais prenons du temps : examinons d’ici à demain matin les trois choses qui nous sont les plus nécessaires, et nous les demanderons ensuite.<br />
  - J’y peux penser toute la nuit, dit la femme ; en attendant, chauffons-nous, car il fait froid. »<br />
  En même temps, la femme prit les pincettes, et raccommoda le feu ; et comme elle vit qu’il y avait beaucoup de charbons bien allumés, elle dit, sans y penser :<br />
  « Voilà un bon feu, je voudrais avoir une aune de boudin pour notre souper, nous pourrions le faire cuire bien aisément. »<br />
  A peine eut-elle achevé ces paroles, qu’il tomba une aune de boudin par la cheminée.<br />
  « Peste soit de la gourmande avec son boudin, dit le mari ; ne voilà-t-il pas un beau souhait, nous n’en avons plus que deux à faire ; pour moi, je suis si en colère, que je voudrais que tu eusses le boudin au bout du nez. »<br />
  Dans le moment, l’homme s’aperçut qu’il était encore plus fou que sa femme ; car par ce second souhait, le boudin sauta au bout du nez de cette pauvre femme, qui ne put jamais l’arracher.<br />
  « Que je suis malheureuse ! s’écria-t-elle ; tu es un méchant, d’avoir souhaité ce boudin au bout de mon nez.<br />
  - Je te jure, ma chère femme, que je n’y pensais pas, répondit le mari ; mais, que ferons-nous ? Je vais souhaiter de grandes richesses, et je te ferai un étui d’or, pour cacher ce boudin.<br />
  - Gardez-vous-en bien, reprit la femme, car je me tuerais s’il fallait vivre avec ce boudin qui est à mon nez : croyez-moi, il nous reste un souhait à faire, laissez-le moi, ou je vais me jeter par la fenêtre » ; en disant ces paroles, elle courut ouvrir la fenêtre, et son mari, qui l’aimait, lui cria :<br />
  « Arrête, ma chère femme, je te donne la permission de souhaiter tout ce que tu voudras.<br />
  - Eh bien, dit la femme, je souhaite que ce boudin tombe à terre. »<br />
  Dans le moment, le boudin tomba, et la femme, qui avait de l’esprit, dit à son mari :<br />
  « La fée s’est moquée de nous, et elle a eu raison. Peut-être aurions-nous été plus malheureux étant riches, que nous ne le sommes à présent. Crois-moi, mon ami, ne souhaitons rien, et prenons les choses comme il plaira à Dieu de nous les envoyer ; en attendant, soupons avec notre boudin, puisqu’il ne nous reste que cela de nos souhaits. »<br />
  Le mari pensa que sa femme avait raison, et ils soupèrent gaiement, sans plus s’embarrasser des choses qu’ils avaient eu dessein de souhaiter.
</p>No Tags
</div>]]>
      </description>
      <pubDate>sat, 06 Oct 2007 14:20:21 +0200</pubDate>
      <guid isPermaLink="false">tag:ziki.com,2007:/article/4609954</guid>
    </item>
    <item>
      <title>Charles Perrault - Contes en vers (1694) - Les souhaits ridicules</title>
      <link>http://www.lavoixdusavoir.com/charles-perrault-contes-en-vers-1694-les-souhaits-ridicules</link>
      <description>
        <![CDATA[<div class="post_content wiki_text"><p>
  <strong>Conte</strong>
</p>
<p>
  <em>A Mademoiselle de la C***</em>
</p>
<p>
  Si vous étiez moins raisonnable,<br />
  Je me garderais bien de venir vous conter<br />
  La folle et peu galante fable<br />
  Que je m’en vais vous débiter.<br />
  Une aune de Boudin en fournit la matière.<br />
  “Une aune de Boudin, ma chère!<br />
  Quelle pitié! c’est une horreur”,<br />
  S’écrierait une Précieuse,<br />
  Qui toujours tendre et sérieuse<br />
  Ne veut ouïr parler que d’affaires de coeur.<br />
  Mais vous qui mieux qu’Ame qui vive<br />
  Savez charmer en racontant,<br />
  Et dont l’expression est toujours si naïve,<br />
  Que l’on croit voir ce qu’on entend;<br />
  Qui savez que c’est la manière<br />
  Dont quelque chose est inventé,<br />
  Qui beaucoup plus que la matière<br />
  De tout Récit fait la beauté,<br />
  Vous aimerez ma fable et sa moralité;<br />
  J’en ai, j’ose le dire, une assurance entière.
</p>
<p>
  Il était une fois un pauvre Bûcheron<br />
  Qui las de sa pénible vie,<br />
  Avait, disait-il, grande envie<br />
  De s’aller reposer aux bords de l’Achéron:<br />
  Représentant, dans sa douleur profonde,<br />
  Que depuis qu’il était au monde,<br />
  Le Ciel cruel n’avait jamais<br />
  Voulu remplir un seul de ses souhaits.
</p>
<p>
  Un jour que, dans le Bois, il se mit à se plaindre,<br />
  A lui, la foudre en main, Jupiter s’apparut.<br />
  On aurait peine à bien dépeindre<br />
  La peur que le bonhomme en eut.<br />
  “Je ne veux rien, dit-il, en se jetant par terre,<br />
  Point de souhaits, point de Tonnerre,<br />
  Seigneur, demeurons but à but.
</p>
<p>
  - Cesse d’avoir aucune crainte;<br />
  Je viens, dit Jupiter, touché de ta complainte,<br />
  Te faire voir le tort que tu me fais.<br />
  Ecoute donc. Je te promets,<br />
  Moi qui du monde entier suis le souverain maître,<br />
  D’exaucer pleinement les trois premiers souhaits<br />
  Que tu voudras former sur quoi que ce puisse être.<br />
  Vois ce qui peut te rendre heureux,<br />
  Vois ce qui peut te satisfaire;<br />
  Et comme ton bonheur dépend tout de tes voeux,<br />
  Songes-y bien avant que de les faire.”<br />
  A ces mots Jupiter dans les Cieux remonta,<br />
  Et le gai Bûcheron, embrassant sa falourde,<br />
  Pour retourner chez lui sur son dos la jeta.<br />
  Cette charge jamais ne lui parut moins lourde.<br />
  “Il ne faut pas, disait-il en trottant,<br />
  Dans tout ceci, rien faire à la légère;<br />
  Il faut, le cas est important,<br />
  En prendre avis de notre ménagère.<br />
  Çà, dit-il, en entrant sous son toit de fougère,<br />
  Faisons, Fanchon, grand feu, grand chère,<br />
  Nous sommes riches à jamais,<br />
  Et nous n’avons qu’à faire des souhaits.”<br />
  Là-dessus tout au long le fait il lui raconte.<br />
  A ce récit, l’Epouse vive et prompte<br />
  Forma dans son esprit mille vastes projets;<br />
  Mais considérant l’importance<br />
  De s’y conduire avec prudence:<br />
  “Blaise, mon cher ami, dit-elle à son époux,<br />
  Ne gâtons rien par notre impatience;<br />
  Examinons bien entre nous<br />
  Ce qu’il faut faire en pareille occurrence;<br />
  Remettons à demain notre premier souhait<br />
  Et consultons notre chevet.<br />
  - Je l’entends bien ainsi, dit le bonhomme Blaise;<br />
  Mais va tirer du vin derrière ces fagots.”<br />
  A son retour il but, et goûtant à son aise<br />
  Près d’un grand feu la douceur du repos,<br />
  Il dit, en s’appuyant sur le dos de sa chaise:<br />
  “Pendant que nous avons une si bonne braise,<br />
  Qu’une aune de Boudin viendrait bien à propos!”<br />
  A peine acheva-t-il de prononcer ces mots,<br />
  Que sa femme aperçut, grandement étonnée,<br />
  Un Boudin fort long, qui partant<br />
  D’un des coins de la cheminée,<br />
  S’approchait d’elle en serpentant.<br />
  Elle fit un cri dans l’instant;<br />
  Mais jugeant que cette aventure<br />
  Avait pour cause le souhait<br />
  Que par bêtise toute pure<br />
  Son homme imprudent avait fait,<br />
  Il n’est point de pouille et d’injure<br />
  Que de dépit et de courroux<br />
  Elle ne dît au pauvre époux.<br />
  “Quand on peut, disait-elle, obtenir un Empire,<br />
  De l’or, des perles, des rubis,<br />
  Des diamants, de beaux habits,<br />
  Est-ce alors du Boudin qu’il faut que l’on désire?<br />
  - Eh bien, j’ai tort, dit-il, j’ai mal placé mon choix,<br />
  J’ai commis une faute énorme,<br />
  Je ferai mieux une autre fois.<br />
  - Bon, bon, dit-elle, attendez-moi sous l’orme,<br />
  Pour faire un tel souhait, il faut être bien bœuf!”<br />
  L’époux plus d’une fois, emporté de colère,<br />
  Pensa faire tout bas le souhait d’être veuf,<br />
  Et peut-être, entre nous, ne pouvait-il mieux faire:<br />
  “Les hommes, disait-il, pour souffrir sont bien nés!<br />
  Peste soit du Boudin et du Boudin encore;<br />
  Plût à Dieu, maudite Pécore,<br />
  Qu’il te pendît au bout du nez!”
</p>
<p>
  La prière aussitôt du Ciel fut écoutée,<br />
  Et dès que le Mari la parole lâcha,<br />
  Au nez de l’épouse irritée<br />
  L’aune de Boudin s’attacha.<br />
  Ce prodige imprévu grandement le fâcha.<br />
  Fanchon était jolie, elle avait bonne grâce,<br />
  Et pour dire sans fard la vérité du fait,<br />
  Cet ornement en cette place<br />
  Ne faisait pas un bon effet;<br />
  Si ce n’est qu’en pendant sur le bas du visage,<br />
  Il l’empêchait de parler aisément,<br />
  Pour un époux merveilleux avantage,<br />
  Et si grand qu’il pensa dans cet heureux moment<br />
  Ne souhaiter rien davantage.
</p>
<p>
  “Je pourrais bien, disait-il à part soi,<br />
  Après un malheur si funeste,<br />
  Avec le souhait qui me reste,<br />
  Tout d’un plein saut me faire Roi.<br />
  Rien n’égale, il est vrai, la grandeur souveraine;<br />
  Mais encore faut-il songer<br />
  Comment serait faite la Reine,<br />
  Et dans quelle douleur ce serait la plonger<br />
  De l’aller placer sur un trône<br />
  Avec un nez plus long qu’une aune.<br />
  Il faut l’écouter sur cela,<br />
  Et qu’elle-même elle soit la maîtresse<br />
  De devenir une grande Princesse<br />
  En conservant l’horrible nez qu’elle a,<br />
  Ou de demeurer Bûcheronne<br />
  Avec un nez comme une autre personne,<br />
  Et tel qu’elle l’avait avant ce malheur-là.”
</p>
<p>
  La chose bien examinée,<br />
  Quoiqu’elle sût d’un sceptre et la force et l’effet,<br />
  Et que, quand on est couronnée,<br />
  On a toujours le nez bien fait;<br />
  Comme au désir de plaire il n’est rien qui ne cède,<br />
  Elle aima mieux garder son Bavolet<br />
  Que d’être Reine et d’être laide.
</p>
<p>
  Ainsi le Bûcheron ne changea point d’état,<br />
  Ne devint point grand Potentat,<br />
  D’écus ne remplit point sa bourse,<br />
  Trop heureux d’employer le souhait qui restait,<br />
  Faible bonheur, pauvre ressource,<br />
  A remettre sa femme en l’état qu’elle était.
</p>
<p>
  Bien est donc vrai qu’aux hommes misérables,<br />
  Aveugles, imprudents, inquiets, variables,<br />
  Pas n’appartient de faire des souhaits,<br />
  Et que peu d’entre eux sont capables<br />
  De bien user dons que le Ciel leur a faits.
</p>
<p>
  La musique vient de <a href="http://www.jamendo.com/fr/">Jamendo</a> et de <a href="http://magnatune.com/">Magnatune</a>
</p>No Tags
</div>]]>
      </description>
      <pubDate>mon, 24 Sep 2007 17:42:36 +0200</pubDate>
      <guid isPermaLink="false">tag:ziki.com,2007:/article/4423280</guid>
    </item>
    <item>
      <title>La Fontaine - Le Songe d&#8217;un habitant du Mogol</title>
      <link>http://www.lavoixdusavoir.com/la-fontaine-le-songe-dun-habitant-du-mogol</link>
      <description>
        <![CDATA[<div class="post_content wiki_text"><p>
  <em>Ce n’est pas tant pour ma lecture que je mets en ligne cette fable, que parce qu’elle est l’occasion d’une<br />
  intéressante et amusante expérience. Comme je suis toujours en peine de musique pour accompagner les lectures de La Voix du Savoir, j’ai contacté <a href="http://www.jamendo.com/fr/artist/dacapo/">DaCapo</a>, un compositeur de <a href="http://www.jamendo.com/">Jamendo</a>, qui m’avait impressionné par son talent à pasticher la musique baroque.<br />
  Vous écouterez donc surtout la “turquerie” du début et la pièce d’orgue qui accompagne l’éloge de la solitude : elles ne sont ni de Lully, ni de Lebègue, ce sont des oeuvres originales.</em>
</p>
<p>
  Jadis certain mogol vit en songe un vizir<br />
  Aux champs élysiens possesseur d’un plaisir<br />
  Aussi pur qu’infini, tant en prix qu’en durée :<br />
  Le même songeur vit en une autre contrée<br />
  Un ermite entouré de feux,<br />
  Qui touchait de pitié même les malheureux.<br />
  Le cas parut étrange et contre l’ordinaire :<br />
  Minos en ces deux morts semblait s’être mépris.<br />
  Le dormeur s’éveilla, tant il en fut surpris.<br />
  Dans ce songe pourtant soupçonnant du mystère,<br />
  Il se fit expliquer l’affaire.<br />
  L’interprète lui dit : Ne vous étonnez point :<br />
  Votre songe a du sens ; et, si j’ai sur ce point<br />
  Acquis tant soit peu d’habitude,<br />
  C’est un avis des dieux. Pendant l’humain séjour,<br />
  Ce vizir quelquefois cherchait la solitude ;<br />
  Cet ermite aux vizirs allait faire sa cour.
</p>
<p>
  Si j’osais ajouter au mot de l’interprète,<br />
  J’inspirerais ici l’amour de la retraite :<br />
  Elle offre à ses amants des biens sans embarras,<br />
  Biens purs, présents du Ciel, qui naissent sous les pas.<br />
  Solitude, où je trouve une douceur secrète,<br />
  Lieux que j’aimai toujours, ne pourrai-je jamais,<br />
  Loin du monde et du bruit, goûter l’ombre et le frais ?<br />
  Oh ! qui m’arrêtera sous vos sombres asiles !<br />
  Quand pourront les neuf Sœurs, loin des cours et des villes,<br />
  M’occuper tout entier, et m’apprendre des cieux<br />
  Les divers mouvements inconnus à nos yeux,<br />
  Les noms et les vertus de ces clartés errantes<br />
  Par qui sont nos destins et nos mœurs différentes ?<br />
  Que si je ne suis né pour de si grands projets,<br />
  Du moins que les ruisseaux m’offrent de doux objets !<br />
  Que je peigne en mes vers quelque rive fleurie !<br />
  La Parque à filets d’or n’ourdira point ma vie,<br />
  Je ne dormirai point sous de riches lambris :<br />
  Mais voit-on que le somme en perde de son prix ?<br />
  En est-il moins profond, et moins plein de délices ?<br />
  Je lui voue au désert de nouveaux sacrifices.<br />
  Quand le moment viendra d’aller trouver les morts,<br />
  J’aurai vécu sans soins, et mourrai sans remords.
</p>
<p>
  La Fontaine, Livre XI, Fable IV
</p>No Tags
</div>]]>
      </description>
      <pubDate>tue, 14 Aug 2007 13:00:00 +0200</pubDate>
      <guid isPermaLink="false">tag:ziki.com,2007:/article/3895150</guid>
    </item>
    <item>
      <title>Marie de France - Le Lai du Ch&#232;vrefeuille</title>
      <link>http://www.lavoixdusavoir.com/marie-de-france-le-lai-du-chevrefeuille</link>
      <description>
        <![CDATA[<div class="post_content wiki_text"><p>
  Il me plaît bien et j’ai envie<br />
  de vous conter la vraie histoire<br />
  du lai qu’on nomme chèvrefeuille<br />
  comme il fut fait, de quoi il parle.<br />
  Plusieurs me l’ont conté et dit<br />
  et je l’ai trouvé par écrit.<br />
  C’est sur Tristan et sur la reine<br />
  sur leur amour qui fut si fine,<br />
  qui leur valut tant de souffrance ;<br />
  pour en mourir un même jour.
</p>
<p>
  Le roi Marc était en colère,<br />
  Contre son neveu, irrité ;<br />
  Il l’avait chassé de sa terre<br />
  pour la reine qu’il a aimée.<br />
  En sa contrée s’en est allé ;<br />
  en Southwales, où il est né.<br />
  Un an entier y demeura,<br />
  ne put revenir en arrière ;<br />
  mais lors il se mit en danger<br />
  de mort et de destruction.<br />
  Ne vous en émerveillez pas :<br />
  quiconque aime loyalement,<br />
  est très dolent et affligé,<br />
  loin de l’objet de son désir.
</p>
<p>
  Tristan est dolent et pensif :<br />
  il a donc quitté son pays.<br />
  En Cornouaille alla tout droit,<br />
  là où la reine séjournait.<br />
  Dans la forêt, seul se cacha,<br />
  ne voulant pas que l’on le vît.<br />
  À la vêprée en est sorti,<br />
  quand il dut chercher un abri.<br />
  Chez des paysans, pauvres gens,<br />
  iI est hébergé pour la nuit.<br />
  Il leur a demandé nouvelles<br />
  du roi, comment il se portait.<br />
  Ils lui disent qu’ils ont ouï dire<br />
  que les barons sont conviés,<br />
  à Tintagel doivent venir,<br />
  le roi veut y tenir sa cour,<br />
  à Pentecôte y seront tous ;<br />
  il y aura de grandes fêtes,<br />
  et la reine avec lui sera.
</p>
<p>
  Cela remplit Tristan de joie :<br />
  elle ne pourra y aller<br />
  sans qu’il puisse la voir passer.<br />
  Le jour où le roi est parti,<br />
  Tristan est au bois revenu<br />
  sur le chemin où il savait<br />
  que le cortège allait passer.<br />
  Il fend un bois de coudrier,<br />
  en deux, le taille tout carré.<br />
  Quand il paré ce bâton,<br />
  de son couteau écrit son nom.<br />
  Et si la reine l’aperçoit,<br />
  car elle y est très attentive,<br />
  Ce lui est déjà arrivé<br />
  et elle l’avait vu ainsi ;<br />
  de son ami bien connaîtra<br />
  le bâton quand elle verra.<br />
  Voici la somme de l’écrit<br />
  qu’il lui avait mandé ; il dit<br />
  qu’il avait été longtemps là,<br />
  à attendre et à séjourner<br />
  pour épier et pour savoir<br />
  comment il pourrait la revoir,<br />
  car ne pouvait vivre sans elle.<br />
  D’eux deux il était tout ainsi<br />
  comme il arrive au chèvrefeuille<br />
  qui au coudrier s’est lié :<br />
  quand il s’y est lacé et pris<br />
  et s’est mis autour de la tige,<br />
  ils peuvent bien durer ensemble ;<br />
  mais si l’on veut les séparer,<br />
  le coudrier meurt aussitôt,<br />
  le chèvrefeuille également.
</p>
<p>
  <em>« Belle amie, ainsi est de nous:<br />
  ni vous sans moi, ni moi sans vous ! »</em>
</p>
<p>
  La reine avança, chevauchant.<br />
  Elle regardait devant elle,<br />
  vit le bâton, bien l’aperçut,<br />
  toutes les lettres reconnut.<br />
  Aux chevaliers qui la guidaient,<br />
  et qui chevauchaient avec elle,<br />
  elle ordonna de s’arrêter.<br />
  Pour descendre et se reposer.<br />
  Ils ont exécuté son ordre.<br />
  Elle s’écarte de ses gens ;<br />
  elle a appelé sa servante,<br />
  Brenguein, qui était si loyale.<br />
  Du chemin un peu s’éloigna ;<br />
  et dans le bois trouva celui<br />
  qui l’aimait plus que tout au monde.<br />
  Ils se réjouissent d’être ensemble.<br />
  Lui peut lui parler à son aise,<br />
  elle lui dit tout son plaisir ;<br />
  puis elle lui montre comment<br />
  il aura le pardon du roi,<br />
  combien le roi avait souffert<br />
  de l’avoir ainsi ainsi exilé ;<br />
  il a suivi les médisants.<br />
  Puis elle quitte son ami ;<br />
  quand il fallut se séparer,<br />
  tous deux se mettent à pleurer.<br />
  Tristan en Galles retourna,<br />
  attendant le pardon du roi.
</p>
<p>
  Et pour la joie qu’il avait eue<br />
  de revoir ainsi son amie<br />
  et pour ce qu’il avait écrit<br />
  pour se rappeler les paroles,<br />
  comme la reine l’avait dit,<br />
  Tristan, qui jouait bien la harpe,<br />
  en avait fait un nouveau lai.<br />
  En bref je vous le nommerai :<br />
  ‘Gotelef’ l’appellent les Anglais,<br />
  et ‘Chèvrefeuille’ les Français.<br />
  Je vous ai dit la vérité<br />
  sur le lai qu’ici j’ai conté.
</p>No Tags
</div>]]>
      </description>
      <pubDate>wed, 13 Jun 2007 01:33:07 +0200</pubDate>
      <guid isPermaLink="false">tag:ziki.com,2007:/article/3175929</guid>
    </item>
    <item>
      <title>Kasimir Malevitch - Baladiffusion &#8220;La Voix du Savoir&#8221;</title>
      <link>http://www.lavoixdusavoir.com/kasimir-malevitch-baladiffusion-%E2%80%9Cla-voix-du-savoir%E2%80%9D</link>
      <description>
        <![CDATA[<div class="post_content wiki_text"><p style="text-align: justify;">
  <img src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/57/Malevich.black-square.jpg" alt="Malevitch" style="margin-right: 7px; width: 220px;" />
</p>
<p>
  <strong>Kazimir Sévérinovitch Malevitch</strong> (Малевич, Казимир Северинович autre orthographe : Malévitch) est un des premiers artistes abstraits du XXe siècle. Peintre, dessinateur, sculpteur et théoricien, Malevitch est le créateur d’un courant artistique dénommé par lui : « suprématisme ».
</p>
<p>
  <strong>Biographie</strong>
</p>
<p style="text-align: justify;">
  Né à Kiev (Ukraine) en 1878 de parents d’origine polonaise, il est décédé en 1935 à Léningrad.
</p>
<p style="text-align: justify;">
  Après une formation de dessinateur technique à Moscou en 1902, il développe en autodidacte son œuvre plastique qu’il décline au cours de sa vie dans une dizaine de styles différents : Réalisme, Impressionnisme, Symbolisme, Cézannisme, Fauvisme, Néoprimitivisme, Cubofuturisme, Cubisme alogique, Suprématisme, Supranaturalisme.
</p>
<p style="text-align: justify;">
  En 1915, il peint le célèbre “Carré noir”, manifeste de l’art abstrait, qui l’accompagnera tout au long de sa vie.
</p>
<p style="text-align: justify;">
  Avec la révolution de 1917, Malevitch accepte des fonctions institutionnelles comme enseignant et chercheur, et lutte pour la démocratisation.
</p>
<p style="text-align: justify;">
  En 1927, Malevitch part en voyage en Allemagne, il y laisse 70 tableaux et un manuscrit « Le suprématisme ou le monde sans objet », publié par le Bauhaus. Durant la guerre, une quinzaine de ses tableaux disparurent et ne furent jamais retrouvés, une partie se trouve au Stedelijk Museum d’Amsterdam et une autre au MoMA de New York.
</p>
<p style="text-align: justify;">
  Artiste prolifique, il ne cessera de peindre tout au long de sa vie.
</p>
<p style="text-align: justify;">
  En 1929, il fut traité par le pouvoir soviétique de subjectivisme et de rêveur philosophique. Au cours des années 1930, les besoins du pouvoir soviétique en matière d’art ayant évolué, Kasimir Malevitch sera sans cesse attaqué par la presse, perdra ses fonctions officielles - il sera même emprisonné et torturé. Même si les autorités lui décerneront des funérailles officielles en 1935, la condamnation de son œuvre et du courant suprématiste s’accompagnera d’un oubli de plusieurs décennies.
</p>
<p style="text-align: justify;">
  La reconnaissance de cet artiste interviendra à partir des années 70. Depuis lors, les nombreuses retrospectives à travers le monde ont consacré Kasimir Malevitch comme l’un des maîtres de l’art abstrait.
</p>
<p>
  <strong>Son œuvre</strong>
</p>
<p style="text-align: justify;">
  De 1907 à 1935, participe à 35 expositions d’avant-garde en Russie et à l’étranger. Malevitch est un membre actif de l’avant-garde artistique russe et cotoie Kandinsky, Chagall, Matiouchine, El Lissitzky, Rodchenko.
</p>
<p style="text-align: justify;">
  Parallèlement à son œuvre plastique, Malevitch produit des textes théoriques sur l’art. Une vingtaine d’écrits paraissent entre 1915 et 1930, mais de nombreux manuscrits restent impubliés. Tous ne sont pas directement liés aux seules pratiques artistiques : ainsi par exemple, « La Paresse comme Vérité effective de l’homme », écrit en 1921 et publié aux éditions Allia en 1995 en langue française, texte révolutionnaire dans la mesure où le communisme lui-même y apparaît dépassable.
</p>
<p style="text-align: justify;">
  Son âme russe transparait dans les paysages et les scènes de la vie quotidienne avec une dominante du rouge et du vert, couleurs des icônes. Les gouaches des années 1910-1911 sont influencées par le fauvisme mais aussi par le primitivisme et le protocubisme. Dans les années 1912-1913, il produit des toiles cubistes et futuristes.
</p>
<p>
  <strong>Le suprématisme</strong>
</p>
<p style="text-align: justify;">
  En 1915, Malévitch peint les quatre éléments fondateurs du suprématisme : le “Carré noir”, la “Croix noire”, le “Cercle noir” et le “Plan noir en mouvement”.
</p>
<p style="text-align: justify;">
  Maniant des formes simples à caractère géométrique et unicolores disposées sur la toile ou érigées dans le réel (architectones), le suprématisme montre le caractère infini de l’espace, et la relation d’attraction et de rejet des formes.
</p>
<p style="text-align: justify;">
  Pour Malevitch, l’art est un processus amenant la sensation (c’est-à-dire le rapport de l’artiste au monde) à se concrétiser en œuvre grâce à un module formateur étranger au support, « l’élément additionnel », qui structure la masse picturale ou les matériaux.
</p>
<p style="text-align: justify;">
  Suivant son appellation, le suprématisme se pose comme modèle supérieur de la finalité artistique d’art pur, dominant et formant dans son sillage l’art appliqué.
</p>
<p style="text-align: justify;">
  C’est sur la conception du rapport de l’art pur à l’art appliqué que Malevitch entre en conflit avec les constructivistes.
</p>
<p style="text-align: justify;">
  <em>Extrait de l’article <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Malevitch">Kasimir Malevitch de Wikipedia</a></em>
</p>No Tags
</div>]]>
      </description>
      <pubDate>tue, 12 Jun 2007 07:00:22 +0200</pubDate>
      <guid isPermaLink="false">tag:ziki.com,2007:/article/3161876</guid>
    </item>
    <item>
      <title>Lazarus</title>
      <link>http://www.lavoixdusavoir.com/lazarus</link>
      <description>
        <![CDATA[<div class="post_content wiki_text"><p>
  <strong>Lazarus</strong>
</p>
<p>
  <em>Un article de Wikipédia, l’encyclopédie libre.</em>
</p>
<p>
  Lazarus est un EDI multi-plateforme développé en et pour Free Pascal. Son objectif est de fournir aux programmeurs Pascal Objet un environnement de développement s’approchant le plus possible de Delphi.
</p>
<p>
  Free Pascal est un compilateur sous licence GPL fonctionnant sous Linux, Win32, OS/2, Mac OS X, BSD… Il est conçu pour interpréter et compiler la syntaxe Pascal Objet (Delphi). A la différence de Java dont le slogan est « write once run anywhere » (écrire une fois, exécuter partout), celui de Lazarus et Free Pascal est « write once compile anywhere » (écrire une fois, compiler partout). Puisque le même compilateur est disponible sur différentes plateformes, cela signifie qu’il n’est pas nécessaire de reprogrammer entièrement un logiciel d’un système d’exploitation à l’autre, il suffit simplement de recompiler le code source.
</p>
<p>
  <strong>Lazarus et l’accès à l’interface utilisateur</strong>
</p>
<p>
  <strong>LCL</strong><br />
  La LCL est un jeu de composants visuel et non visuel ainsi que de procédures et fonctions. Elle est très largement inspirée de la VCL de Delphi, mais elle n’est pas 100% compatible avec elle. La LCL est conçue pour être multi-plateforme. Les classes de services de la LCL (TList, TAction par exemple) sont 100% compatibles avec celles de la VCL.
</p>
<p>
  <strong>Processus de développement</strong>
</p>
<p>
  Lazarus est un logiciel de type RAD, similaire à l’EDI Delphi de Borland. Sous Microsoft Windows, Borland Delphi reste le plus stable et a la meilleure documentation, mais il n’a pas les possibilités multi-plateforme de Lazarus. Sous Linux, Lazarus est l’un des meilleurs EDI disponibles. Les applications Lazarus peuvent êtres compilées sous Delphi et vice-versa moyennant quelques adaptations aux programmes (à comparer à la réécriture complète du code lorsque la bascule se fait d’un langage à un autre). Ce processus est plus facile lorsque le programme ne fait pas appel à des formulaires générés par l’éditeur car il y a certaines incompatibilités. Les composants de Delphi peuvent être installés sous l’EDI, mais ils doivent être convertis, via un processus complexe.
</p>
<p>
  Lazarus est sur la bonne voie pour devenir un puissant EDI RAD. Le projet Lazarus a une communauté importante de développeurs et de testeurs. La communauté résout les problèmes au travers de groupes de discussion, et les programmeurs envoient les correctifs. Les versions sont générées automatiquement pour être testées, ce qui rend le développement de Lazarus très dynamique.
</p>
<p>
  <strong>Développement multi-plateforme</strong>
</p>
<p>
  Free Pascal supporte la compilation sous plusieurs systèmes d’exploitation, et il a été prouvé que des applications peuvent être “crosscompilé” de Windows à Linux, et vice versa. Compiler de Mac OS X à Windows, Linux est également possible.
</p>
<p>
  <strong>Limitations</strong>
</p>
<p>
  Lazarus ressemble à Delphi sur de nombreux points, il a cependant quelques limitations en comparaison :
</p>
<p>
  * Les fichiers exécutables générés par Lazarus sont beaucoup plus volumineux que l’équivalent en Delphi, dans un environnement Win32 pur.<br />
  * N’est pas 100% compatible avec la VCL. Mais la LCL fournie est suffisante pour la plupart des applications.<br />
  * Manque des composants (dont un des plus utiles: le TFrame) et des bibliothèques importantes.<br />
  * Réseau : Indy et Synapse fonctionnent, mais pas à 100% sur toutes les plateformes ; lNet continue son développement tout particulièrement sous Free Pascal.<br />
  * Pas de .NET ou de COM.
</p>
<p>
  <strong>Licence</strong>
</p>
<p>
  Puisque Lazarus est sous licence GPL, les logiciels développés avec lui, peuvent être diffusés sous n’importe quelle licence. La Lazarus Component Library (LCL) est liée statiquement au programme et sa licence est une version modifiée de la LGPL spécialement conçue pour permettre la création de programmes propriétaires.
</p>No Tags
</div>]]>
      </description>
      <pubDate>sun, 10 Jun 2007 14:58:27 +0200</pubDate>
      <guid isPermaLink="false">tag:ziki.com,2007:/article/3141556</guid>
    </item>
    <item>
      <title>La Rochefoucauld - Maximes et r&#233;flexions diverses</title>
      <link>http://www.lavoixdusavoir.com/la-rochefoucauld-maximes-et-reflexions-diverses</link>
      <description>
        <![CDATA[<div class="post_content wiki_text"><p>
  <strong>Réflexions morales</strong>
</p>
<p>
  <em>Nos vertus ne sont le plus souvent que des vices déguisés</em>
</p>
<p>
  I<br />
  Ce que nous prenons pour des vertus n’est souvent qu’un assemblage de diverses actions et de divers intérêts que la fortune ou notre industrie savent arranger, et ce n’est pas toujours par valeur que les hommes sont vaillants et que les femmes sont chastes.<br />
  II<br />
  L’amour-propre est le plus grand de tous les flatteurs.<br />
  III<br />
  Quelque découverte que l’on ait faite dans le pays de l’amour-propre, il y reste encore bien des terres inconnues.<br />
  IV<br />
  L’amour-propre est plus habile que le plus habile homme du monde.<br />
  V<br />
  La durée de nos passions ne dépend pas plus de nous que la durée de notre vie.<br />
  VI<br />
  La passion fait souvent un fou du plus habile homme, et rend souvent les plus sots habiles.<br />
  VII<br />
  Ces grandes et éclatantes actions qui éblouissent les yeux sont représentées par les politiques comme les effets des grands desseins, au lieu que ce sont d’ordinaire les effets de l’humeur et des passions. Ainsi la guerre d’Auguste et d’Antoine, qu’on rapporte à l’ambition qu’ils avaient de se rendre les maîtres du monde, n’était peut-être qu’un effet de jalousie.<br />
  VIII<br />
  Les passions sont les seuls orateurs qui persuadent toujours. Elles sont comme un art de la nature dont les règles sont infaillibles, et l’homme le plus simple, qui a de la passion, persuade mieux que le plus éloquent qui n’en a point.<br />
  IX<br />
  Les passions ont une injustice et un propre intérêt, qui fait qu’il est dangereux de les suivre, et qu’on s’en doit défier, lors même qu’elles paraissent raisonnables.<br />
  X<br />
  Il y a dans le cœur humain une sorte de génération perpétuelle de passions; en sorte que la ruine de l’une est presque toujours l’établissement d’une autre.<br />
  XI<br />
  Les passions en engendrent souvent qui leur sont contraires : l’avarice produit quelquefois la prodigalité et la prodigalité l’avarice; on est souvent ferme par faiblesse, audacieux par timidité.<br />
  XII<br />
  Quelque soin que l’on prenne de couvrir ses passions par des apparences de piété et d’honneur, elles paraissent toujours au travers de ces voiles.<br />
  XIII<br />
  Notre amour-propre souffre plus impatiemment la condamnation de nos goûts que de nos opinions.<br />
  XIV<br />
  Les hommes ne sont pas seulement sujets à perdre le souvenir des bienfaits et des injures; ils haïssent même ceux qui les ont obligés, et cessent de haïr ceux qui leur ont fait des outrages. L’application à récompenser le bien, et à se venger du mal, leur paraît une servitude à laquelle ils ont peine de se soumettre.<br />
  XV<br />
  La clémence des princes n’est souvent qu’une politique pour gagner l’affection des peuples.<br />
  XVI<br />
  Cette clémence dont on fait une vertu se pratique tantôt par vanité, quelquefois par paresse, souvent par crainte, et presque toujours par tous les trois ensemble.<br />
  XVII<br />
  La modération des personnes heureuses vient du calme que la bonne fortune donne à leur humeur.<br />
  XVIII<br />
  La modération est une crainte de tomber dans l’envie et dans le mépris que méritent ceux qui s’enivrent de leur bonheur; c’est une vaine ostentation de la force de notre esprit; et enfin la modération des hommes dans leur plus haute élévation est un désir de paraître plus grands que leur fortune.<br />
  XIX<br />
  Nous avons tous assez de force pour supporter les maux d’autrui.<br />
  XX<br />
  La constance des sages n’est que l’art de renfermer leur agitation dans le coeur.<br />
  XXI<br />
  Ceux qu’on condamne au supplice affectent quelquefois une constance et un mépris de la mort qui n’est en effet que la crainte de l’envisager. De sorte qu’on peut dire que cette constance et ce mépris sont à leur esprit ce que le bandeau est à leurs yeux.<br />
  XXII<br />
  La philosophie triomphe aisément des maux passés et des maux à venir. Mais les maux présents triomphent d’elle.<br />
  XXIII<br />
  Peu de gens connaissent la mort. On ne la souffre pas ordinairement par résolution, mais par stupidité et par coutume; et la plupart des hommes meurent parce qu’on ne peut s’empêcher de mourir.<br />
  XXIV<br />
  Lorsque les grands hommes se laissent abattre par la longueur de leurs infortunes, ils font voir qu’ils ne les soutenaient que par la force de leur ambition, et non par celle de leur âme, et qu’à une grande vanité près les héros sont faits comme les autres hommes.<br />
  XXV<br />
  Il faut de plus grandes vertus pour soutenir la bonne fortune que la mauvaise.<br />
  XXVI<br />
  Le soleil ni la mort ne peuvent se regarder fixement.<br />
  XXVII<br />
  On fait souvent vanité des passions même les plus criminelles; mais l’envie est une passion timide et honteuse que l’on n’ose jamais avouer.<br />
  XXVIII<br />
  La jalousie est en quelque manière juste et raisonnable, puisqu’elle ne tend qu’à conserver un bien qui nous appartient, ou que nous croyons nous appartenir; au lieu que l’envie est une fureur qui ne peut souffrir le bien des autres.<br />
  XXIX<br />
  Le mal que nous faisons ne nous attire pas tant de persécution et de haine que nos bonnes qualités.<br />
  XXX<br />
  Nous avons plus de force que de volonté; et c’est souvent pour nous excuser à nous-mêmes que nous nous imaginons que les choses sont impossibles.<br />
  XXXI<br />
  Si nous n’avions point de défauts, nous ne prendrions pas tant de plaisir à en remarquer dans les autres.<br />
  XXXII<br />
  La jalousie se nourrit dans les doutes, et elle devient fureur, ou elle finit, sitôt qu’on passe du doute à la certitude.<br />
  XXXIII<br />
  L’orgueil se dédommage toujours et ne perd rien lors même qu’il renonce à la vanité.<br />
  XXXIV<br />
  Si nous n’avions point d’orgueil, nous ne nous plaindrions pas de celui des autres.<br />
  XXXV<br />
  L’orgueil est égal dans tous les hommes, et il n’y a de différence qu’aux moyens et à la manière de le mettre au jour.<br />
  XXXVI<br />
  Il semble que la nature, qui a si sagement disposé les organes de notre corps pour nous rendre heureux, nous ait aussi donné l’orgueil pour nous épargner la douleur de connaître nos imperfections.
</p>No Tags
</div>]]>
      </description>
      <pubDate>sun, 10 Jun 2007 01:00:39 +0200</pubDate>
      <guid isPermaLink="false">tag:ziki.com,2007:/article/3130276</guid>
    </item>
    <item>
      <title>Bernard Lamarche-Vadel - Baladiffusion &#8220;La Voix du Savoir&#8221;</title>
      <link>http://www.lavoixdusavoir.com/bernard-lamarche-vadel-baladiffusion-%E2%80%9Cla-voix-du-savoir%E2%80%9D</link>
      <description>
        <![CDATA[<div class="post_content wiki_text"><p>
  <strong>Bernard Lamarche-Vadel</strong>, né en 1949 et mort le 2 mai 2000 à Saint-Sulpice, est un poète et écrivain français.
</p>
<p>
  <strong>Biographie</strong>
</p>
<p>
  Poète et auteur de nouvelles, il a composé une œuvre considérable et remarquée de critique d’art dans les années 1970, et en créant la revue Artistes (1979). Des revues comme L’Infini, Perpendiculaire, Ligne de risque ou Le trait se firent également l’écho de sa vision de l’art. Spécialiste d’Arman, de Tapiès, de Pierre Klossowski, il fut aussi le propagateur de l’œuvre de Joseph Beuys en France. Il est le conseiller artistique de la galerie Piltzer (1975), et organisa notamment une rétrospective Pablo Picasso au Metropolitan Museum de Tokyo (1977). C’est l’exposition Finir en beauté (qu’il organisa en 1981) qui le mènera vers la photographie. B.L-V était également un grand collectionneur d’art. Il se donne la mort en 2000 dans son château de la Rongère, laissant derrière lui cinq enfants dont Rebecca Lamarche-Vadel, présidente de l’association Art Effect, qui promeut l’art, sous tous ses aspects (photos, peintures, film…) auprès des jeunes.
</p>
<p>
  <strong>Personnage de roman</strong>
</p>
<p>
  Lamarche-Vadel, qui est devenu personnage de roman dans Le désespoir du singe de Danielle Robert-Guédon. Désigné par les initiales B.L-V c’est le portrait fascinant d’un solitaire, cloîtré dans son château de Mayenne, entouré de ses chiens, et de quelques visiteurs, vivant par l’art, pour l’art de la littérature. Danielle Robert-Guédon fait une description quasi amoureuse de l’écrivain. B.L-V devient, par la souffrance que chaque page laisse transparaître, le symbole de la création littéraire, la métaphore de l’artiste, détruit par son art.
</p>
<p>
  <em>Extrait de l’article <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_Lamarche-Vadel">Bernard_Lamarche-Vadel de Wikipedia</a></em>
</p>No Tags
</div>]]>
      </description>
      <pubDate>mon, 04 Jun 2007 07:00:53 +0200</pubDate>
      <guid isPermaLink="false">tag:ziki.com,2007:/article/3057994</guid>
    </item>
    <item>
      <title>Pierre-Gilles de Gennes - extrait d&#8217;un article de Wikip&#233;dia, l&#8217;encyclop&#233;die libre</title>
      <link>http://www.lavoixdusavoir.com/pierre-gilles-de-gennes-extrait-dun-article-de-wikipedia-lencyclopedie-libre</link>
      <description>
        <![CDATA[<div class="post_content wiki_text"><p>
  Naissance : 24 octobre 1932 Paris<br />
  Décès : 18 mai 2007 (à 74 ans) Orsay<br />
  Nationalité : Française<br />
  Profession : Physicien (Prix Nobel de physique)
</p>
<p>
  Pierre-Gilles de Gennes, né le 24 octobre 1932 à Paris, mort le 18 mai 2007 à Orsay, était un physicien français, prix Nobel de physique en 1991 « pour avoir découvert que des méthodes développées pour l’étude des phénomènes d’ordre dans les systèmes simples peuvent être généralisées à des formes plus complexes de la matière, en particulier aux cristaux liquides et aux polymères liquides ». Ses travaux ont généré de très nombreuses études relevant tant de la physique et de la physico-chimie fondamentales que des sciences appliquées.
</p>
<p>
  <strong>Biographie</strong>
</p>
<p>
  Il naît à Paris d’un père médecin et d’une mère infirmière, il perd son père à l’âge de 9 ans et passe son enfance à Barcelonnette dans les Alpes de Haute-Provence suite à des problèmes pulmonaires. Sa mère assure son éducation à la maison jusqu’à l’âge de onze ans. Il commença ses études supérieures à l’École normale supérieure de Paris et en sortit en 1955. Il travailla ensuite comme ingénieur de recherche au Commissariat à l’énergie atomique. Il obtient en 1957 son doctorat ès sciences : sa thèse porte sur les aspects théoriques de la diffusion des neutrons dans les milieux magnétiques. De 1961 à 1971, Pierre-Gilles de Gennes est professeur à la Faculté des sciences d’Orsay et en 1971, il est nommé professeur au Collège de France. C’est à cette période qu’il s’oriente vers la chimie.
</p>
<p>
  Il poursuit des travaux remarquables sur les phénomènes d’ordre dans des milieux complexes. L’importance de ces travaux lui vaudra d’être nommé Membre de l’Académie des sciences en 1979 et d’être reconnu comme l’un des pionniers de ce que lui même désigne souvent comme la physico-chimie de la matière molle. En 1980, il reçoit la médaille d’or du CNRS. Ses contributions marquantes dans des domaines très variés (magnétisme, supraconductivité, cristaux liquides, polymères, mouillage etc.) lui ont valu le prix Nobel de physique en 1991.
</p>
<p>
  Ce scientifique d’exception a été le premier à s’attaquer à des problèmes de transition ordre-désordre dans des matériaux aussi complexes que les polymères, les gels, les cristaux liquides et plus récemment la matière granulaire.
</p>
<p>
  Directeur honoraire de l’École supérieure de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris, Pierre-Gilles de Gennes déteste les barrières qui entravent la quête de la connaissance. Partisan de l’interdisciplinarité, sensible aux applications industrielles, ce professeur au Collège de France passe d’un sujet à l’autre avec un égal bonheur. Il a rejoint l’Institut Curie pour aborder le domaine des systèmes du vivant et la compréhension des mécanismes cellulaires, en particulier ceux intervenant dans la mémoire.
</p>
<p>
  À côté de cette activité de recherche du plus haut niveau, Pierre-Gilles de Gennes consacre une part importante de son temps à l’enseignement et à partager avec les jeunes de très nombreuses écoles et lycées, son enthousiasme pour la recherche scientifique. Après son prix Nobel, il visitera ainsi plus de 200 lycées en France. Il était un grand pourfendeur de la langue de bois ou du langage académique, il n’hésitait pas à critiquer les écoles ou les institutions portées uniquement sur la théorie, recommandant ainsi aux professeurs de l’Éducation nationale de faire des stages en entreprises ou ne trouvant pas l’enseignement de Polytechnique assez pragmatique.
</p>
<p>
  Il a également reçu le 24 janvier 2007 la Mention Spéciale Enseignement Supérieur du Prix Roberval pour le livre <em>Gouttes, bulles, perles et ondes</em> coécrit avec David Quéré et Françoise Brochard-Wyart.
</p>
<p>
  Adepte de la pluridisciplinarité, et prônant le rapprochement de la recherche et de l’industrie, il débutera à 70 ans, des recherches en biologie à l’Institut Curie.
</p>
<p>
  Le lycée technologique de Digne-les-Bains porte ainsi son nom depuis 1998 et Pierre-Gilles de Gennes a aussi inauguré une place ainsi qu’un terrain de jeux à son nom, à Orsay, sa ville d’adoption, le 9 décembre 2006.
</p>
<p>
  Pierre-Gilles de Gennes est mort le 18 mai 2007 à l’âge de 74 ans.
</p>No Tags
</div>]]>
      </description>
      <pubDate>wed, 23 May 2007 10:58:19 +0200</pubDate>
      <guid isPermaLink="false">tag:ziki.com,2007:/article/2935003</guid>
    </item>
    <item>
      <title>Pierre Dac - Un article de Wikip&#233;dia, l&#8217;encyclop&#233;die libre</title>
      <link>http://www.lavoixdusavoir.com/pierre-dac-un-article-de-wikipedia-lencyclopedie-libre</link>
      <description>
        <![CDATA[<div class="post_content wiki_text"><p>
  <strong>Pierre Dac</strong><br />
  <em>Un article de Wikipédia, l’encyclopédie libre.</em>
</p>
<p>
  André Isaac dit Pierre Dac (né le 15 août 1893 à Châlons-sur-Marne et mort le 9 février 1975 à Paris) était un humoriste et comédien français.
</p>
<p>
  <strong>Parcours</strong>
</p>
<p>
  D’origine modeste, Pierre Dac vivra, après la « Grande guerre », de petits métiers sur le pavé parisien.
</p>
<p>
  Dans les années 1930, il devient chansonnier au cabaret de la Lune rousse, à Montmartre; Sarvil lui écrit de nombreux textes pour ses spectacles.
</p>
<p>
  En 1938, il fonde <em>L’Os à Moelle</em>, organe officiel des loufoques, une publication irrégulière et humoristique au nom inspiré par Rabelais et par son père boucher (le mot loufoque vient de l’argot des bouchers, le louchébem, et signifie fou).<br />
  Il a pour collaborateurs le chansonnier Robert Rocca, les dessinateurs Jean Effel, Moisan, etc.<br />
  Dès son premier numéro il annonce la constitution d’un « Ministère loufoque », dont les portefeuilles ont été distribués « au Poker Dice ». Ses petites annonces vendent de la pâte à noircir les tunnels, des porte-monnaie étanches pour argent liquide, des trous pour planter des arbres, etc.<br />
  Le monde de cette époque pratiquant un style différent de loufoquerie, le journal disparut en mai 1940.<br />
  Il reparaîtra épisodiquement, sous la férule du maître, vers 1965, avec des talents nouveaux comme René Goscinny (<em>Les aventures du facteur Rhésus</em>) et Jean Yanne (<em>Les romanciers savent plus causer français en écrivant</em>).
</p>
<p>
  Devenu l’humoriste des émissions en français de Radio Londres à partir de 1943, il y parodie des chansons à la mode pour brocarder le gouvernement de Vichy. On lui doit le slogan célèbre : « Radio Paris ment, Radio-Paris ment, Radio-Paris est allemand » sur l’air de la Cucaracha, chant révolutionnaire d’Amérique latine.<br />
  Lorsque, le 10 mai 1944, Philippe Henriot, sur Radio-Paris, s’en prend aux Juifs français réfugiés à Londres, pour qui la France ne compterait pas, Pierre Dac, dans un discours lapidaire, répond que son frère, décédé au front lors de la Première Guerre mondiale a bien sur sa tombe l’inscription « mort pour la France », alors que sur celle de Philippe Henriot on écrirait « mort pour Hitler, fusillé par les Français ». Cette réponse fut prémonitoire : Henriot sera abattu par la résistance 15 jours plus tard.
</p>
<p>
  Après la guerre, il forme avec Francis Blanche un duo auquel on doit de nombreux sketches (dont l’hilarant <em>Sar Rabindranath Duval</em>, et un feuilleton radiophonique, diffusé de 1956 à 1960 sur Europe 1, <em>Signé Furax</em> auquel la France entière est suspendue. Plus tard, entre 1965 et 1974, en compagnie de Louis Rognoni, Pierre Dac crée la série Bons baisers de partout (740 épisodes), une hilarante parodie des séries d’espionnage des années 1960, diffusée sur France Inter.
</p>
<p>
  Il a été surnommé par certains le « Roi des Loufoques », par son aptitude à traquer et créer l’absurde à partir du réel. Son texte Le biglotron fut souvent cité par les amateurs de dépédantisation. Une de ses inventions majeures, le Schmilblick, « ne sert absolument à rien et peut donc servir à tout. Il est rigoureusement intégral ! ». Le mot Schmilblick sera repris par Guy Lux pour un jeu télévisé, puis par Coluche pour une parodie de ce jeu restée célèbre.
</p>
<p>
  En 1965, il se déclare candidat à la présidentielle de 1965, soutenu par le MOU (Mouvement ondulatoire unifié). A la demande de l’Élysée, l’ancien résistant renonce et abandonne sa campagne.
</p>
<p>
  Malgré le succès, Pierre Dac était resté un homme modeste, presque effacé. Il est mort dans la plus grande discrétion. La mort, avait-il dit, c’est un manque de savoir-vivre.
</p>
<p>
  <strong>Citations</strong><br />
  <strong><br />
  Quelques-unes de ses citations :</strong>
</p>
<p>
  * Né à Delhi, de petite taille et d’un caractère paisible, c’était un nain doux.<br />
  * Ô lac! Suspends ton vol et me donne un baiser. ( Lamartine cité de mémoire )<br />
  * Le Sar dine à l’huile. (Cf. sketch cité plus haut)<br />
  * Celui que la fumée n’empêche pas de tousser et que la toux n’empêche pas de fumer a droit à la gratitude de la Régie française des Tabacs.<br />
  * Il est démocratiquement impensable qu’en république il y ait encore trop de gens qui se foutent royalement de tout.<br />
  * Si la fortune vient en dormant, ça n’empêche pas les emmerdements de venir au réveil.<br />
  * La constipation, c’est quand la matière fait cale.<br />
  * Ceux qui pensent à tout n’oublient rien et ceux qui ne pensent à rien font de même puisque ne pensant à rien ils n’ont rien à oublier.<br />
  * Le sarcastique et prophétique proverbe qui dit : « Rira bien qui rira le dernier » gagnerait à être ainsi modifié : « Quand celui qui rit le dernier a bien fini de rire, personne ne rigole plus ».<br />
  * Quand on ne travaillera plus les lendemains de jours de repos, la fatigue sera enfin vaincue.<br />
  * Psychanalyse : Il faut tuer le père, mais on ne doit pas piétiner le cadavre.<br />
  * Parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler sont les deux principes majeurs de ceux qui feraient mieux de la fermer avant de l’ouvrir.<br />
  * Entre une semelle de crêpe et un double-crème il n’y a que la différence qui existe entre les choses qui n’ont aucun rapport entre elles.<br />
  * L’orgue de Barbarie est à la figue du même nom ce que la trompette bouchée est au cidre.<br />
  * Rien de ce qui est fini n’est jamais complètement achevé tant que tout ce qui est commencé n’est pas totalement terminé.<br />
  * Tranquillement suspendu la tête en bas au fond de la grotte, un chauve sourit. (note manuscrite non utilisée)<br />
  * Ce n’est pas parce que l’on a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule.
</p>
<p>
  et, pour conclure :
</p>
<p>
  * Avec le mot « si » on peut faire tout ce qu’on ne peut pas faire.
</p>
<p>
  <strong>Proposition de publicité (non retenue)</strong>
</p>
<p>
  * De la pomme au rectum, un seul savon, CADUM.
</p>
<p>
  <strong>Bibliographie</strong>
</p>
<p>
  * <em>Arrière-pensées et maximes inédites</em><br />
  * <em>Essais, maximes et conférences</em><br />
  * <em>Les meilleures petites annonces de l’Os à moelle</em><br />
  * <em>Les Pensées</em><br />
  * <em>Du côté d’ailleurs…</em><br />
  * <em>… et réciproquement</em>
</p>
<p>
  <a href="http://www.lavoixdusavoir.com/wp-content/uploads/2007/05/signe_furax.jpg" title="signe_furax.jpg"><img src="http://www.lavoixdusavoir.com/wp-content/uploads/2007/05/signe_furax.miniature.jpg" alt="signe_furax.jpg" /></a>
</p>
<p>
  * Une partie des épisodes de <em>Signé Furax</em> ont été repris en CD : <em>Le Boudin sacré, Le Gruyère qui tue</em> et <em>La Lumière qui éteint</em> chez EPM.
</p>
<p>
  Ponctuations musicales : <a href="http://www.fuldaer-symphonisches-orchester.de/">Orchestre symphonique de Fulda<br /></a>
</p>No Tags
</div>]]>
      </description>
      <pubDate>tue, 22 May 2007 08:00:52 +0200</pubDate>
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    </item>
    <item>
      <title>La Fontaine - L&#8217;Ours et l&#8217;Amateur des jardins</title>
      <link>http://www.lavoixdusavoir.com/la-fontaine-l%E2%80%99ours-et-l%E2%80%99amateur-des-jardins</link>
      <description>
        <![CDATA[<div class="post_content wiki_text"><p>
  Certain Ours montagnard, Ours à demi léché,<br />
  Confiné par le sort dans un bois solitaire,<br />
  Nouveau Bellérophon vivait seul et caché :<br />
  Il fût devenu fou ; la raison d’ordinaire<br />
  N’habite pas longtemps chez les gens séquestrés :<br />
  Il est bon de parler, et meilleur de se taire,<br />
  Mais tous deux sont mauvais alors qu’ils sont outrés :<br />
  Nul animal n’avait affaire<br />
  Dans les lieux que l’Ours habitait ;<br />
  Si bien que tout Ours qu’il était<br />
  Il vint à s’ennuyer de cette triste vie.<br />
  Pendant qu’il se livrait à la mélancolie,<br />
  Non loin de là certain vieillard<br />
  S’ennuyait aussi de sa part.<br />
  Il aimait les jardins, était Prêtre de Flore,<br />
  Il l’était de Pomone encore :<br />
  Ces deux emplois sont beaux ; Mais je voudrais parmi<br />
  Quelque doux et discret ami.<br />
  Les jardins parlent peu ; si ce n’est dans mon livre ;<br />
  De façon que, lassé de vivre<br />
  Avec des gens muets notre homme un beau matin<br />
  Va chercher compagnie, et se met en campagne.<br />
  L’Ours porté d’un même dessein<br />
  Venait de quitter sa montagne :<br />
  Tous deux, par un cas surprenant<br />
  Se rencontrent en un tournant.<br />
  L’homme eut peur : mais comment esquiver ; et que faire ?<br />
  Se tirer en Gascon d’une semblable affaire<br />
  Est le mieux : il sut donc dissimuler sa peur.<br />
  L’Ours très mauvais complimenteur,<br />
  Lui dit : Viens-t’en me voir. L’autre reprit : Seigneur,<br />
  Vous voyez mon logis ; si vous me vouliez faire<br />
  Tant d’honneur que d’y prendre un champêtre repas,<br />
  J’ai des fruits, j’ai du lait : Ce n’est peut-être pas<br />
  De Nosseigneurs les Ours le manger ordinaire ;<br />
  Mais j’offre ce que j’ai. L’Ours l’accepte ; et d’aller.<br />
  Les voilà bons amis avant que d’arriver.<br />
  Arrivés, les voilà se trouvant bien ensemble ;<br />
  Et bien qu’on soit à ce qu’il semble<br />
  Beaucoup mieux seul qu’avec des sots,<br />
  Comme l’Ours en un jour ne disait pas deux mots<br />
  L’Homme pouvait sans bruit vaquer à son ouvrage.<br />
  L’Ours allait à la chasse, apportait du gibier,<br />
  Faisait son principal métier<br />
  D’être bon émoucheur, écartait du visage<br />
  De son ami dormant, ce parasite ailé,<br />
  Que nous avons mouche appelé.<br />
  Un jour que le vieillard dormait d’un profond somme,<br />
  Sur le bout de son nez une allant se placer<br />
  Mit l’Ours au désespoir, il eut beau la chasser.<br />
  Je t’attraperai bien, dit-il. Et voici comme.<br />
  Aussitôt fait que dit ; le fidèle émoucheur<br />
  Vous empoigne un pavé, le lance avec roideur,<br />
  Casse la tête à l’homme en écrasant la mouche,<br />
  Et non moins bon archer que mauvais raisonneur :<br />
  Roide mort étendu sur la place il le couche.<br />
  Rien n’est si dangereux qu’un ignorant ami ;<br />
  Mieux vaudrait un sage ennemi.
</p>
<p>
  Jean de La Fontaine, Fable X, Livre VIII.
</p>
<p>
  <em>La musique (sous licence Creative Commons) vient du site de <a href="http://www.danielbautista.com/">Daniel Bautista</a>.</em>
</p>No Tags
</div>]]>
      </description>
      <pubDate>fri, 18 May 2007 08:00:32 +0200</pubDate>
      <guid isPermaLink="false">tag:ziki.com,2007:/article/2877128</guid>
    </item>
    <item>
      <title>La Fontaine - Les deux Amis</title>
      <link>http://www.lavoixdusavoir.com/la-fontaine-les-deux-amis</link>
      <description>
        <![CDATA[<div class="post_content wiki_text"><p>
  Deux vrais amis vivaient au Monomotapa ;<br />
  L’un ne possédait rien qui n’appartînt à l’autre.<br />
  Les amis de ce pays-là<br />
  Valent bien, dit-on, ceux du nôtre.<br />
  Une nuit que chacun s’occupait au sommeil,<br />
  Et mettait à profit l’absence du soleil,<br />
  Un de nos deux amis sort du lit en alarme ;<br />
  Il court chez son intime, éveille les valets<br />
  Morphée avait touché le seuil de ce palais.<br />
  L’ami couché s’étonne, il prend sa bourse, il s’arme,<br />
  Vient trouver l’autre et dit : Il vous arrive peu<br />
  De courir quand on dort ; vous me paraissiez homme<br />
  À mieux user du temps destiné pour le somme :<br />
  N’auriez-vous point perdu tout votre argent au jeu ?<br />
  En voici. S’il vous est venu quelque querelle,<br />
  J’ai mon épée ; allons. Vous ennuyez-vous point<br />
  De coucher toujours seul ? Une esclave assez belle<br />
  Était à mes côtés : voulez-vous qu’on l’appelle ?<br />
  Non, dit l’ami ; ce n’est ni l’un ni l’autre point :<br />
  Je vous rends grâce de ce zèle.<br />
  Vous m’êtes, en dormant, un peu triste apparu :<br />
  J’ai craint qu’il ne fût vrai ; je suis vite accouru.<br />
  Ce maudit songe en est la cause.<br />
  Qui d’eux aimait le mieux ? Que t’en semble, lecteur ?<br />
  Cette difficulté vaut bien qu’on la propose.<br />
  Qu’un ami véritable est une douce chose !<br />
  Il cherche vos besoins au fond de votre cœur ;<br />
  Il vous épargne la pudeur<br />
  De les lui découvrir vous-même :<br />
  Un songe, un rien, tout lui fait peur,<br />
  Quand il s’agit de ce qu’il aime.
</p>
<p>
  Jean de La Fontaine, livre VIII, fable 11
</p>
<p>
  <em>Introduction musicale : toccata de Farina par les Filles de Sainte-Colombe. Enregistrement disponible à <a href="http://www.magnatune.com">Magnatune</a>.</em>
</p>No Tags
</div>]]>
      </description>
      <pubDate>sat, 12 May 2007 08:00:47 +0200</pubDate>
      <guid isPermaLink="false">tag:ziki.com,2007:/article/2802620</guid>
    </item>
    <item>
      <title>La Fontaine - Le Lion, le Singe et les deux &#194;nes</title>
      <link>http://www.lavoixdusavoir.com/la-fontaine-le-lion-le-singe-et-les-deux-anes</link>
      <description>
        <![CDATA[<div class="post_content wiki_text"><p>
  Le Lion, pour bien gouverner,<br />
  Voulant apprendre la morale,<br />
  Se fit un beau jour, amener<br />
  Le singe, maître ès arts chez la gent animale.<br />
  La première leçon que donna le régent<br />
  Fut celle-ci : Grand roi, pour régner sagement,<br />
  Il faut que tout prince préfère<br />
  Le zèle de l’État à certain mouvement<br />
  Qu’on appelle communément<br />
  Amour-propre (1) ; car c’est le père,<br />
  C’est l’auteur de tous les défauts<br />
  Que l’on remarque aux animaux.<br />
  Vouloir que de tout point ce sentiment vous quitte,<br />
  Ce n’est pas chose si petite<br />
  Qu’on en vienne à bout en un jour :<br />
  C’est beaucoup de pouvoir modérer cet amour.<br />
  Par là votre personne auguste<br />
  N’admettra jamais rien en soi<br />
  De ridicule ni d’injuste.<br />
  — Donne-moi, repartit le roi,<br />
  Des exemples de l’un et l’autre.<br />
  — Toute espèce, dit le docteur,<br />
  Et je commence par la nôtre<br />
  Toute profession s’estime dans son cœur,<br />
  Traite les autres d’ignorantes,<br />
  Les qualifie impertinentes ;<br />
  Et semblables discours qui ne nous coûtent rien.<br />
  L’amour-propre, au rebours, fait qu’au degré suprême<br />
  On porte ses pareils ; car c’est un bon moyen<br />
  De s’élever aussi soi-même.<br />
  De tout ce que dessus j’argumente très bien<br />
  Qu’ici-bas maint talent n’est que pure grimace,<br />
  Cabale, et certain art de se faire valoir,<br />
  Mieux su des ignorants que des gens de savoir.<br />
  L’autre jour, suivant à la trace<br />
  Deux ânes qui, prenant tour à tour l’encensoir<br />
  Se louaient tour à tour, comme c’est la manière, (2)<br />
  J’ouïs que l’un des deux disait à son confrère :<br />
  Seigneur, trouvez-vous pas bien injuste et bien sot<br />
  L’homme, cet animal si parfait ? Il profane<br />
  Notre auguste nom, traitant d’âne<br />
  Quiconque est ignorant, d’esprit lourd, idiot :<br />
  Il abuse encore d’un mot,<br />
  Et traite notre rire, et nos discours de braire.<br />
  Les humains sont plaisants de prétendre exceller<br />
  Par-dessus nous. Non, non ; c’est à vous de parler,<br />
  A leurs orateurs de se taire :<br />
  Voilà les vrais braillards. Mais laissons là ces gens :<br />
  Vous m’entendez, je vous entends ;<br />
  Il suffit. Et quant aux merveilles<br />
  Dont votre divin chant vient frapper les oreilles,<br />
  Philomèle est, au prix novice dans cet art ;<br />
  Vous surpassez Lambert (3). L’autre baudet repart :<br />
  Seigneur, j’admire en vous des qualités pareilles.<br />
  Ces ânes, non contents de s’être ainsi grattés,<br />
  S’en allèrent dans les cités<br />
  L’un l’autre se prôner : chacun d’eux croyait faire,<br />
  En prisant ses pareils, une fort bonne affaire,<br />
  Prétendant que l’honneur en reviendrait sur lui.<br />
  J’en connais beaucoup aujourd’hui,<br />
  Non parmi les baudets, mais parmi les puissances,<br />
  Que le Ciel voulut mettre en de plus hauts degrés,<br />
  Qui changeraient entre eux les simples Excellences,<br />
  S’ils osaient, en des Majestés.<br />
  J’en dis peut-être plus qu’il ne faut, et suppose<br />
  Que Votre Majesté gardera le secret.<br />
  Elle avait souhaité d’apprendre quelque trait<br />
  Qui lui fît voir, entre autre chose,<br />
  L’amour-propre donnant du ridicule aux gens.<br />
  L’injuste aura son tour : il y faut plus de temps.<br />
  Ainsi parla ce singe. On ne m’a pas su dire<br />
  S’il traita l’autre point, car il est délicat ;<br />
  Et notre maître ès arts, qui n’était pas un fat (4),<br />
  Regardait ce lion comme un terrible sire.
</p>
<p>
  La Fontaine (livre XI, Fable V)
</p>
<p>
  (1) <em>L’amour-propre</em> : terme essentiel chez les moralistes et les mystiques du XVIIe siècle. Le sens est plus fort et plus spécifique qu’aujourd’hui ; c’est <em>l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu</em> pour les mystiques, <em>l’amour de soi-même et de toutes choses pour soi</em>, selon La Rochefoucauld. On l’appelle aussi “cupidité”, donnant à ce dernier mot un sens qu’il n’a plus du tout aujourd’hui. Voyez par exemple les <em>Moralistes du XVIIe siècle</em> de Jean Lafond. Remarquez comme cette fable aborde une question politique sous l’angle de la morale, et vous aurez mieux compris l’esprit classique.<br />
  (2) Conformément au proverbe <em>Asinus asinum fricat</em> (l’âne gratte l’âne), dont l’apologue conté par le singe est une amplification.<br />
  (3) <em>Lambert</em> : Le fameux chanteur et compositeur Michel Lambert (1610-1696), le beau-père de Lully. La Fontaine l’admirait beaucoup (voir le <em>Songe de Vaux</em>)<br />
  (4) <em>Un fat</em> : un sot. Là encore, le sens a évolué depuis l’époque classique.
</p>
<p>
  Musique : Buxtehude, sonate op. I n° 2. Ensemble Vermillian. Disponible à <a href="http://www.magnatune.com">Magnatune</a>.
</p>No Tags
</div>]]>
      </description>
      <pubDate>thu, 10 May 2007 08:00:28 +0200</pubDate>
      <guid isPermaLink="false">tag:ziki.com,2007:/article/2781167</guid>
    </item>
    <item>
      <title>Charles Perrault - Peau d&#8217;&#194;ne (2)</title>
      <link>http://www.lavoixdusavoir.com/charles-perrault-peau-dane-2</link>
      <description>
        <![CDATA[<div class="post_content wiki_text"><p>
  La princesse ainsi travestie<br />
  De chez la sage fée à peine fut sortie,<br />
  Pendant la fraîcheur du matin,<br />
  Que le prince qui pour la fête<br />
  De son heureux hymen s’apprête,<br />
  Apprend tout effrayé son funeste destin.<br />
  Il n’est point de maison, de chemin, d’avenue<br />
  Qu’on ne parcoure promptement;<br />
  Mais on s’agite vainement,<br />
  On ne peut deviner ce qu’elle est devenue.
</p>
<p>
  Partout se répandit un triste et noir chagrin;<br />
  Plus de noces, plus de festin,<br />
  Plus de tarte, plus de dragées;<br />
  Les dames de la cour, toutes découragées,<br />
  N’en dînèrent point la plupart;<br />
  Mais du curé sur tout la tristesse fut grande,<br />
  Car il en déjeuna fort tard,<br />
  Et qui pis est n’eut point d’offrande.
</p>
<p>
  L’infante cependant poursuivait son chemin,<br />
  Le visage couvert d’une vilaine crasse;<br />
  A tous passants elle tendait la main,<br />
  Et tâchait pour servir de trouver une place;<br />
  Mais les moins délicats et les plus malheureux<br />
  La voyant si maussade et si pleine d’ordure,<br />
  Ne voulaient écouter ni retirer chez eux<br />
  Une si sale créature.<br />
  Elle alla donc bien loin, bien loin, encore plus loin.<br />
  Enfin elle arriva dans une métairie<br />
  Où la fermière avait besoin<br />
  D’une souillon, dont l’industrie<br />
  Allât jusqu’à savoir bien laver des torchons<br />
  Et nettoyer l’auge aux cochons.
</p>
<p>
  On la mit dans un coin au fond de la cuisine<br />
  Où les valets, insolente vermine,<br />
  Ne faisaient que la tirailler,<br />
  La contredire et la railler;<br />
  Ils ne savaient quelle pièce lui faire,<br />
  La harcelant à tout propos;<br />
  Elle était la butte ordinaire<br />
  De tous leurs quolibets et de tous leurs bons mots.
</p>
<p>
  Elle avait le dimanche un peu plus de repos<br />
  Car, ayant du matin fait sa petite affaire,<br />
  Elle entrait dans sa chambre et tenant son huis clos,<br />
  Elle se décrassait, puis ouvrait sa cassette,<br />
  Mettait proprement sa toilette,<br />
  Rangeait dessus ses petits pots.<br />
  Devant son grand miroir, contente et satisfaite,<br />
  De la lune tantôt la robe elle mettait,<br />
  Tantôt celle où le feu du soleil éclatait,<br />
  Tantôt la belle robe bleue<br />
  Que tout l’azur des cieux ne saurait égaler,<br />
  Avec ce chagrin seul que leur traînante queue<br />
  Sur le plancher trop court ne pouvait s’étaler.<br />
  Elle aimait à se voir jeune, vermeille et blanche<br />
  Et plus brave cent fois que nulle autre n’était;<br />
  Ce doux plaisir la sustentait<br />
  Et la menait jusqu’à l’autre dimanche.
</p>
<p>
  J’oubliais de dire en passant<br />
  Qu’en cette grande métairie<br />
  D’un roi magnifique et puissant<br />
  Se faisait la ménagerie,<br />
  Que là, poules de barbarie,<br />
  Râles, pintades, cormorans,<br />
  Oisons musqués, canes petières<br />
  Et mille autres oiseaux de bizarres manières,<br />
  Entre eux presque tous différents,<br />
  Remplissaient à l’envie dix cours toutes entières.
</p>
<p>
  Le fils du roi dans ce charmant séjour<br />
  Venait souvent au retour de la chasse<br />
  Se reposer, boire à la glace<br />
  Avec les seigneurs de sa cour.<br />
  Tel ne fut point le beau céphale :<br />
  Son air était royal, sa mine martiale<br />
  Propre à faire trembler les plus fiers bataillons.<br />
  Peau d’Ane de fort loin le vit avec tendresse,<br />
  Et reconnut par cette hardiesse<br />
  Que sous sa crasse et ses haillons<br />
  Elle gardait encore le coeur d’une princesse.<br />
  “Qu’il a l’air grand, quoiqu’il l’ait négligé,<br />
  Qu’il est aimable, disait-elle,<br />
  Et que bienheureuse est la belle<br />
  A qui son coeur est engagé !<br />
  D’une robe de rien s’il m’avait honorée,<br />
  Je m’en trouverais plus parée<br />
  Que de toutes celles que j’ai.”
</p>
<p>
  Un jour le jeune prince errant à l’aventure<br />
  De basse-cour en basse-cour,<br />
  Passa dans une allée obscure<br />
  Où de Peau d’Ane était l’humble séjour.<br />
  Par hasard il mit l’oeil au trou de la serrure :<br />
  Comme il était fête ce jour,<br />
  Elle avait pris une riche parure<br />
  Et ses superbes vêtements<br />
  Qui, tissus de fin or et de gros diamants,<br />
  Egalaient du soleil la clarté la plus pure.<br />
  Le prince au gré de son désir<br />
  La contemple et ne peut qu’à peine,<br />
  En la voyant, reprendre haleine,<br />
  Tant il est comblé de plaisir.<br />
  Quels que soient les habits, la beauté du visage,<br />
  Son beau tour, sa vive blancheur,<br />
  Ses traits fins, sa jeune fraîcheur<br />
  Le touchent cent fois davantage;<br />
  Mais un certain air de grandeur,<br />
  Plus encore une sage et modeste pudeur,<br />
  Des beautés de son âme assuré témoignage,<br />
  S’emparèrent de tout son coeur.
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  Trois fois, dans la chaleur du feu qui le transporte,<br />
  Il voulut enfoncer la porte;<br />
  Mais croyant voir une divinité,<br />
  Trois fois par le respect son bras fut arrêté.
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<p>
  Dans le palais, pensif il se retire,<br />
  Et la nuit et le jour il soupire;<br />
  Il ne veut plus aller au bal<br />
  Quoiqu’on soit dans le carnaval.<br />
  Il hait la chasse, il hait la comédie,<br />
  Il n’a plus d’appétit, tout lui fait mal au coeur;<br />
  Et le fond de sa maladie<br />
  Est une triste et mortelle langueur.
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  Il s’enquit quelle était cette nymphe admirable<br />
  Qui demeurait dans une basse-cour<br />
  Au fond d’une allée effroyable,<br />
  Où l’on ne voit goutte en plein jour.<br />
  “C’est, lui dit-on, Peau d’Ane, en rien nymphe ni belle<br />
  Et que Peau d’Ane l’on appelle,<br />
  A cause de la peau qu’elle met sur son cou;<br />
  De l’amour c’est le vrai remède,<br />
  La bête en un mot la plus laide,<br />
  Qu’on puisse voir après le loup.”<br />
  On a beau dire, il ne saurait le croire;<br />
  Les traits que l’amour a tracés,<br />
  Toujours présents à sa mémoire,<br />
  N’en seront jamais effacés.
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<p>
  Cependant la reine sa mère,<br />
  Qui n’a que lui d’enfant, pleure et se désespère;<br />
  De déclarer son mal elle le presse en vain,<br />
  Il gémit, il pleure, il soupire,<br />
  Il ne dit rien, si ce n’est qu’il désire<br />
  Que Peau d’Ane lui fasse un gâteau de sa main;<br />
  Et la mère ne sait ce que son fils veut dire.<br />
  “O ciel ! Madame, lui dit-on,<br />
  Cette Peau d’Ane est une noire taupe<br />
  Plus vilaine encore et plus gaupe<br />
  Que le plus sale marmiton.<br />
  – N’importe, dit la reine, il faut le satisfaire,<br />
  Et c’est à cela seul que nous devons songer.”<br />
  Il aurait eu de l’or, tant l’aimait cette mère,<br />
  S’il en avait voulu manger.
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  Peau d’Ane donc prend sa farine<br />
  Qu’elle avait fait bluter exprès<br />
  Pour rendre sa pâte plus fine,<br />
  Son sel, son beurre et ses oeufs frais;<br />
  Et pour bien faire sa galette,<br />
  S’enferme seule en sa chambrette.<br />
  D’abord elle se décrassa<br />
  Les mains, les bras et le visage,<br />
  Et prit un corps d’argent que vite elle laça<br />
  Pour dignement faire l’ouvrage<br />
  Qu’aussitôt elle commença.
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  On dit qu’en travaillant un peu trop à la hâte,<br />
  De son doigt par hasard il tomba dans la pâte<br />
  Un de ses anneaux de grand prix;<br />
  Mais ceux qu’on tient savoir le fin de cette histoire<br />
  Assurent que par elle exprès il y fut mis;<br />
  Et pour moi franchement, je l’oserais bien croire,<br />
  Fort sûr que, quand le prince à sa porte aborda<br />
  Et par le trou la regarda,<br />
  Elle s’en était aperçue.<br />
  Sur ce point la femme est si drue,<br />
  Et son oeil va si promptement,<br />
  Qu’on ne peut la voir un moment<br />
  Qu’elle ne sache qu’on l’a vue.<br />
  Je suis bien sûr encore, et j’en ferais serment,<br />
  Qu’elle ne douta point que de son jeune amant<br />
  La bague ne fût bien reçue.
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  On ne pétrit jamais un si friand morceau,<br />
  Et le prince trouva la galette si bonne<br />
  Qu’il ne s’en fallut rien que d’une faim gloutonne<br />
  Il n’avalât aussi l’anneau.<br />
  Quand il en vit l’émeraude admirable,<br />
  Et du jonc d’or le cercle étroit<br />
  Qui marquait la forme du doigt,<br />
  Son coeur en fut touché d’une joie incroyable;<br />
  Sous son chevet il le mit à l’instant,<br />
  Et son mal toujours augmentant,<br />
  Les médecins sages d’expérience,<br />
  En le voyant maigrir de jour en jour,<br />
  Jugèrent tous, par leur grande science,<br />
  Qu’il était malade d’amour.
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<p>
  Comme l’hymen, quelque mal qu’on ne dise,<br />
  Est un remède exquis pour cette maladie,<br />
  On conclut à le marier;<br />
  Il s’en fit quelque temps prier,<br />
  Puis dit : “Je le veux bien, pourvu que l’on me donne<br />
  En mariage la personne<br />
  Pour qui cet anneau sera bon.”<br />
  A cette bizarre demande,<br />
  De la reine et du roi la surprise fut grande;<br />
  Mais il était si mal qu’on n’osa dire non.
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<p>
  Voilà donc qu’on se met en quête<br />
  De celle que l’anneau, sans nul égard du sang,<br />
  Doit placer dans un si haut rang;<br />
  Il n’en est point qui ne s’apprête<br />
  A venir présenter son doigt,<br />
  Ni qui veuille céder son droit.<br />
  Le bruit ayant couru que pour prétendre au prince,<br />
  Il faut avoir le doigt bien mince,<br />
  Tout charlatan, pour être bienvenu,<br />
  Dit qu’il a le secret de le rendre menu.<br />
  L’une, en suivant son bizarre caprice,<br />
  Comme une rave le ratisse;<br />
  L’autre en coupe un petit morceau;<br />
  Une autre en le pressant croit qu’elle le rapetisse;<br />
  Et l’autre, avec de certaine eau,<br />
  Pour le rendre moins gros en fait tomber la peau;<br />
  Il n’est enfin point de manoeuvre<br />
  Qu’une dame ne mette en oeuvre,<br />
  Pour faire que son doigt cadre bien à l’anneau.
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  L’essai fut commencé par les jeunes princesses,<br />
  Les marquises et les duchesses;<br />
  Mais leurs doigts, quoique délicats,<br />
  Étaient trop gros et n’entraient pas.<br />
  Les comtesses, et les baronnes,<br />
  Et toutes les nobles personnes,<br />
  Comme elles tour à tour présentèrent leur main<br />
  Et la présentèrent en vain.
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<p>
  Ensuite vinrent les grisettes,<br />
  Dont les jolis et menus doigts,<br />
  Car il en est de très bien faites,<br />
  Semblèrent à l’anneau s’ajuster quelquefois.<br />
  Mais la bague, toujours trop petite ou trop ronde,<br />
  D’un dédain presque égal rebutait tout le monde.
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<p>
  Il fallut en venir enfin<br />
  Aux servantes, aux cuisinières,<br />
  Aux tortillons, aux dindonnières,<br />
  En un mot à tout le fretin,<br />
  Dont les rouges et noires pattes,<br />
  Non moins que les mains délicates,<br />
  Espéraient un heureux destin.<br />
  Il s’y présenta mainte fille<br />
  Dont le doigt, gros et ramassé,<br />
  Dans la bague du prince eût aussi peu passé<br />
  Qu’un câble au travers d’une aiguille.
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<p>
  On crut enfin que c’était fait,<br />
  Car il ne restait en effet<br />
  Que la pauvre Peau d’Ane au fond de la cuisine.<br />
  Mais comment croire, disait-on,<br />
  Qu’à régner le Ciel la destine ?<br />
  Le prince dit : “Et pourquoi non ?<br />
  Qu’on la fasse venir.” Chacun se prit à rire,<br />
  Criant tout haut : “Que veut-on dire.<br />
  De faire entrer ici cette sale guenon ?”<br />
  Mais lorsqu’elle tira de dessous sa peau noire<br />
  Une petite main qui semblait de l’ivoire<br />
  Qu’un peu de pourpre a coloré,<br />
  Et que de la bague fatale,<br />
  D’une justesse sans égale.<br />
  Son petit doigt fut entouré,<br />
  La cour fut dans une surprise<br />
  Qui ne peut pas être comprise.
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  On la menait au roi dans ce transport subit;<br />
  Mais elle demanda qu’avant que de paraître<br />
  Devant son seigneur et son maître,<br />
  On lui donnât le temps de prendre un autre habit.<br />
  De cet habit, pour la vérité dire,<br />
  De tous côtés on s’apprêtait à rire;<br />
  Mais lorsqu’elle arriva dans les appartements,<br />
  Et qu’elle eut traversé les salles<br />
  Avec ses pompeux vêtements<br />
  Dont les riches beautés n’eurent jamais d’égales;<br />
  Que ses aimables cheveux blonds<br />
  Mêlés de diamants, dont la vive lumière<br />
  En faisait autant de rayons,<br />
  Que ses yeux bleus, grands, doux et longs,<br />
  Qui pleins d’une majesté fière<br />
  Ne regardent jamais sans plaire et sans blesser,<br />
  Et que sa taille enfin si menue et si fine<br />
  Qu’avecque ses deux mains on eût pu l’embrasser,<br />
  Montrèrent leurs appâts et leur grâce divine :<br />
  Des dames de la cour, et de leurs ornements<br />
  Tombèrent tous les doux agréments (1).
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  Dans la joie et le bruit de toute l’assemblée,<br />
  Le bon roi ne se sentait pas<br />
  De voir sa bru posséder tant d’appâts;<br />
  La reine en 