Un article dans Regards (la "revue" de Clémentine Autain) tente d'asseoir l'idée de la tecktonik comme phénomène ultime d'une culture sarkozyste. L'idée est séduisante pour le petit parisien de gauche qui ne se pose pas beaucoup de questions. Taper sur la classe moyenne, cette honnie, est encore l'exercice le plus agréable pour quiconque conchie le pouvoir.
Sauf que l'article tape complètement à côté.
Reprenons.
Démocratisé grâce aux seuls médias, sans passer par le feu et la fougue d’un mouvement de contestation, est-il la signature d’une génération Sarkozy ?
Pas mal le chapeau, non ?
D'après l'auteur, il y aurait donc deux types de mouvements. D'un côté les honteux phénomènes commerciaux télévisuels. De l'autre, les magnifiques mouvements porteurs de sens. Au milieu, rien. La seconde naîtrait dans les marges, et serait donc bonne. L'autre honteuse et honnie. Et la naissance de la tecktonik marquerait rien que moins que la fin d'un cycle, celui de la culture jeune.
Car la jeunesse, aujourd'hui, serait une affreuse chose qui n'aurait rien compris. Dans un grand remix sans repères, issu de la mondialisation, sous l'influence coupable des marques, elle n'aurait plus rien à dire. La jeunesse n'aurait plus l'esprit de contestation, pauvre petite. La thèse est rapide, simple, facile. On se demande pourquoi ça prend un article aussi long pour le dire.
Surtout que l'article est faux. C'est d'ailleurs typique d'articles qui plaquent une analyse sur une réalité, sans se donner un moment la peine de l'observer, de la comprendre. Du grand gauchisme, dont il me semblait qu'on était sorti depuis un certain temps, grâce à ceux qui, depuis pas mal d'années, se sont avant tout attachés à comprendre la réalité, avant de lui plaquer ces analyses rapides.
Alors reprenons.
La tecktonik est elle née à la télévision ? Non. Cela fait des dizaines d'années que la télé essaie d'initier des modes. Elle les récupère au mieux, les amplifie, et les transmets, comme elle l'a fait pour la pop, pour le rock, pour le hip hop ou le rap. La tecktonik (ou plutôt les dances electros) n'est pas née à la télévision. Elle est née pas à pas, en marge, comme tous les mouvements de jeunesse, avant de se propager, par le web, d'abord, avant d'être, comme tous les phénomènes de jeunesse, récupérée, remixée, relancée. 5 ans d'ombres. Un an de lumière qui tue.
Sauf que ce n'est sans doute pas la belle marge qu'adore l'auteur de l'article. Ici, point de cités tristes et de ghettos. Point de pauvres. Juste des jeunes dans des banlieues de pavillons. Une culture qui n'exprime donc pas la honte, la colère, la rage. Mais une identité quand même, et une création, qui est réinvention.
C'est une constante de la critique de la tecktonik : les premiers à la conchier sont ses concurrents. Elites parisiennes, d'un côté, masses en marge, de l'autre. Hip-hopers et rockers du XVIème. Keupons et emos qui se gaussent de cette récupération partielle et malhabile. Jalousie d'un succès qui ne nait pas dans les marges, inférieures ou supérieurs, de la société.
Le voilà, le coupable. Le banlieusard moyen qui a eu l'argent suffisant pour chérir son fils, celui-ci ayant le mauvais goût de ne pas devenir un contestataire. Pays de merde, où la classe moyenne aisée se vautre dans la moyennitude.
Martov, c'est toi qui te vautres. Tu ne sais pas regarder un phénomène, parce que tu ne regardes que son origine. Parce que tu rêves d'une société de marges et de pauvres. La classe moyenne, sa prospérité, et la création non contestataire de sa jeunesse, c'est le résultat digne de ceux qui ont lutté pour les rendre riches. Et libres. En tout cas plus que ton discours de vieux.
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