On fait tout trop vite, sans concerter, sans suffisamment réfléchir. Le ministre délégué aux relations avec le Parlement annonçait le 5 juillet dernier que sur la session parlementaire 2005-2006, pas moins de 45 lois avaient été votées. 3 307 amendements ont été adoptés à l’Assemblée nationale et 2 505 au Sénat.
Imagine-t-on bien le volume de textes que cela représente ? Est-on sûr d’avoir bien pesé toutes les conséquences de ce qui a été voté ?
Et comment ne pas comprendre cette effroyable lourdeur administrative qui paralyse le fonctionnement de notre pays ! Puis-je l’affirmer en tant que citoyen : je serais satisfait quand on m’affirmera que demain, on arrêtera de mettre en place de nouveaux dispositifs que l’on révoquera plus tard parce qu’ils ne convenaient pas. Cette habitude constante de « changer », et parfois au prix de la plus grande inefficacité, est consternante.
Le Président de la république a rappelé hier, sa volonté de créer un service public de l’orientation. Ce qui m’a surpris, c’est qu’il a utilisé les mêmes mots que lors de sa précédente intervention, le 26 juin dernier. Il s’en est pris à nouveau à cette orientation vers « des filières dont on sait bien qu’elles ne débouchent sur aucun emploi ». David Pujadas a pourtant essayé d’en savoir davantage en l’interrompant : « il faut conseiller ou contraindre... » On n’est pas allé plus loin. En fait, on a l’impression que l’on fera une réforme mais qu’à ce jour, on ignore totalement ce que l’on veut réformer.
S’il s’agit vraiment de revoir le fonctionnement de l’information-orientation, une réforme aussi importante ne peut se faire en quelques semaines. Le montage est extrêmement complexe. Les structures d’information-orientation sont rarement intégralement financées par l’Etat. Il faudra donc l’accord des autres partenaires et notamment des collectivités territoriales qui veulent de plus en plus sur cette question avoir leur mot à dire. Et puis il faudra un minimum de dialogue et d’écoute.
On parle d’efficacité ! Permettez-moi alors de m’interroger. Pourquoi avoir mis en place un nouveau portail d’information sur Internet (coût 640 000 euros pour 2006) ? Le récent www.orientation-formation.fr est né alors que pour les plus jeunes il existait le portail « tout neuf » de l’Onisep, qu’il y avait d’excellentes initiatives en région, le site de l’Intercarif, l’offre du réseau Information Jeunesse, etc.
Pourquoi avoir lancer ce portail alors que le Président de Centre Inffo dans inffo flash n° 683 de juillet 2006 s’inquiète : « Si la question du financement du portail est résolue pour l’année 2006, elle reste posée pour 2007… » Le choix même de ce type de portail implique un financement constant à un très fort niveau car si un portail comme Métiers Point Info mutualise l’existant, le portail de Centre Inffo réécrit certains contenus et retraite les bases de données pour se les approprier (lourd travail de mise à jour).
Benoit Willot sur son blog précise : « Les rapports sur l’orientation se sont multipliés depuis 2003 et ce soudain intérêt pour les services d’orientation et leurs personnels, après des années sans réel pilotage national de la politique d’orientation, est jugé par le syndicat Sud éducation, en février 2006 comme étant des plus inquiétants puisqu’il s’agit à chaque fois de remettre en cause le recrutement et la formation des conseillers d'orientation psychologues et ainsi, à terme, leur existence même ».
Mais à l’inverse, on ne peut pas suivre le SNES qui pour refuser toute évolution préfère jouer sur la peur en utilisant le verbe « dissoudre » à deux reprises dans un communiqué de presse du 9 juin : « Vouloir dissoudre dans une structure régionale des services dont les statuts, les missions et les publics prioritaires sont différents ne pourra que porter préjudice à la qualité du service rendu…. » et plus loin « Dissoudre les CIO dans un guichet unique avec les structures de l’emploi, reviendrait à faire glisser… » On sait bien que dissoudre, c’est disparaître. Utiliser ce verbe à cet endroit du texte a donc pour but de générer angoisses et inquiétudes et de bloquer toute réflexion objective.
Francis Rozange dans PC expert pour un tout autre sujet dit et ce sera ma conclusion :
« Il y avait donc urgence, à un moment où il ne se passe rien, de faire comme s’il se passait quelque chose, parce que c’est comme cela que tourne notre société : à vide s’il le faut, mais tourner quoi qu’il arrive. »
Chargement ...


Feedback