En s’emparant de l’éditeur américain de logiciels de navigation Navteq pour 5,7 milliards d’euros, le premier fabricant mondial de téléphones mobiles signe la plus grosse acquisition de son histoire.

Nokia a beau régner sur le marché du mobile en écoulant plus d’un million de téléphones par jour à travers le monde, cela ne lui suffit plus. Le finlandais l’a prouvé hier en signant la plus grosse acquisition de son histoire : le rachat de l’éditeur américain de logiciels de navigation Navteq pour 8,1 milliards de dollars (5,7 milliards d’euros). Car, non content de tirer ses revenus de la vente du téléphone, Nokia veut être au coeur des services Internet mobiles.
« Les services basés sur la localisation sont une des pierres angulaires de cette stratégie », a affirmé le PDG, Olli-Pekka Kallasvuo. Avec Navteq, Nokia met la main sur l’un des deux leaders mondiaux de la cartographie numérique. Fondé en 1985 dans la Silicon Valley et comptant environ 3.000 salariés, Navteq est le principal concurrent du néerlandais Tele Atlas, qui vient pour sa part d’être racheté par le premier fabricant de navigateurs GPS TomTom pour 1,8 milliard d’euros. Aujourd’hui, Navteq fournit des données cartographiques couvrant 69 pays, qui sont notamment utilisées dans les systèmes de navigation embarqués à bord des véhicules. Egalement propriétaire du site américain d’information routière Traffic.com, Navteq a généré, l’an dernier, un bénéfice net de 110 millions de dollars pour un chiffre d’affaires de 582 millions.
Au prix fort
Autant dire que Nokia a accepté de payer le prix fort pour se renforcer sur le marché encore balbutiant de la géolocalisation. Navteq a d’ailleurs reconnu avoir étudié d’autres offres avant d’accepter celle du finlandais, ce qui limite fortement le risque de contre-OPA. Si les analystes ont salué la pertinence stratégique de l’opération, beaucoup l’ont jugée bien trop coûteuse. L’action Nokia s’est d’ailleurs repliée de 1,84 % hier à Helsinki.
Cette acquisition s’intègre en tout cas dans la volonté du finlandais de se développer dans les services, quitte à venir concurrencer ses propres clients opérateurs mobiles. « Nokia se définit désormais par rapport au monde de l’Internet et non plus des télécoms », estime Vincent Poulbère, analyste chez Ovum. Convaincu que les 900 millions de mobiles Nokia en service dans le monde constituent la porte d’entrée idéale pour accéder à l’Internet, le finlandais s’est déjà lancé dans la musique (via le Nokia Music Store) ou les jeux (N-Gage). Il vient de les regrouper sous la marque Ovi (« porte » en finlandais) à partir de laquelle l’utilisateur trouve également le service de localisation Nokia Maps. Fonctionnant déjà sur le terminal multimédia N95 lancé l’an dernier, ce service est gratuit. Les cartes sont actuellement fournies par Tele Atlas. Avec Navteq, Nokia accentue la pression sur TomTom alors que les ventes de systèmes de navigation personnels devraient tripler d’ici à 2010, pour représenter un marché de 12,8 milliards de dollars, selon iSuppli.
En France, 2,5 millions de GPS devraient être vendus cette année, selon GfK, le double de 2006. Le mobile doté d’un navigateur GPS ouvre la porte à une multitude de services localisés et personnalisés.
C’est pourquoi Nokia vient aussi de racheter la société américaine de marketing mobile Enpocket, spécialisée dans les SMS ou MMS publicitaires. Actuellement dominé par Google et Yahoo!, ce marché pourrait peser 11,4 milliards de dollars en 2011, contre 2 milliards aujourd’hui, pronostique Informa Telecoms & Media Group.
Nokia mise sur la géolocalisation avec le rachat de Navteq
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