En ce début d’année 2008, je me permets un billet intemporel sur les hebdomadaires artistiques, qui ont manqué le plus important virage de leur histoire au tournant du siècle. Publiés sous forme de journaux qu’on qualifiait de « jaunes » dans les années 1950 et 1960, la presse artistique prit le virage magazine à la fin des années 1970. Claude J. Charron, notamment fondateur du magazine 7 jours et propriétaire de son actuel concurrent La Semaine, fut l’un des premiers à prendre le virage. Alors éditeur de publications artistiques à l’emploi de Pierre Péladeau, ce dernier quitta l’entreprise, qui publiait – et imprimait – essentiellement sur du papier journal, pour fonder Le Lundi, un magazine imprimé sur du papier glacé. Les autres joueurs, y compris Quebecor, ne tardèrent pas à suivre le jeune éditeur sur cette voie.
Depuis ce virage magazine, les publications artistiques n’ont que très peu évolué. Pire encore, elles ont carrément manqué le virage Internet qu’ont emprunté la presque totalité des autres médias. Les éditeurs de magazines artistiques, loin d’être déconnectés de la réalité économique, sont dans une situation différente de leurs confrères. Tandis que la majorité des médias (journaux, magazines, télé et radio) tirent la plus grande part de leurs revenus de la publicité, les magazines à potins doivent tabler sur les revenus de tirage pour se financer. Comme le profil de leurs lecteurs, bien que nombreux, ne correspond pas à ce que recherchent les publicitaires (scolarité élevée, jeunes, hauts revenus), ces magazines doivent écouler énormément de magazines en kiosque et en épicerie pour être rentables. Qui plus est, les abonnements, si prisés par les magazines féminins et spécialisés, ne sont pas le lot de ce type de magazines. Ces derniers sont achetés de manière impulsive, selon les vedettes et les titres accrocheurs présentés à la une.
On comprend ainsi pourquoi les éditeurs de magazines artistiques sont réticents à prendre d’assaut Internet, dont le modèle d’affaires est présentement essentiellement publicitaire. Si leur jugement tient encore la route en terme économique, ces éditeurs mettent en péril la pérennité de leurs magazines. Absents d’Internet, ils sont en train de se faire remplacer par des blogues et des sites Internet sans lien avec les groupes qui publient ce genre de magazine en version papier.
Alors que l’un des blogues les plus consultés aux États-Unis est celui de Perez Hilton, avec quelque huit millions de pages vues par jour, au Québec, le blogue le plus achalandé est Les Amateurs de Star, avec quelque 170 000 visites par semaine. Un site d’information sur les vedettes, Showbizz.net, est quant à lui parmi les plus consultés du réseau d’Agence News, une division de Genex Communications. L’entreprise de Patrice Demers, qui était auparavant propriétaire de Choi Radio X, édite plusieurs sites Internet de même que quelques magazines comme Summum et Adorable. Du côté de Quebecor, qui possède un imposant portefeuille de publication artistique, seul 7 jours a une faible présence sur la toile. Du côté de Charron et Cie, de Claude J. Charron, une seule page en construction depuis des mois fait office de présence sur Internet. Le potin ne disparaîtra pas, mais ses éditeurs risquent de changer si les ceux qui sont en place ne consentent pas à investir dans l’avenir.
[Mise à jour : Un éditeur indépendant, Serge Boisseau, qui projetait de lancer un magazine traditionnel, a finalement opté pour un webzine artistique nommé Show Time. Aussi, l'excellent blogueur Michel Dumais sortait un «scoop» aujourd'hui, à l'effet que l'équipe de Cent Papiers était sur le point de lancer un site Internet traitant de vedettes à l'adresse iNouille.com. ]
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