Très bon article d'Eric Delcroix qui justifie de sa pratique de pédagogie embarquée (l'expression n'est pas de lui... mais je l'utilise ici, car c'est bien de cela qu'il s'agit).
[Abstract :
Une remarque au préalable, parfois ce sont les étudiants qui me « contraignent » à évoluer plus vite que je ne le voudrais… Ainsi, lors de la mise en place d’une relation d’un groupe de travail dans Facebook, naturellement les étudiants ont quitté notre ancien moyen de communication de l’époque, un groupe de diffusion Yahoo en moins d’une semaine. Les étudiants avaient basculé toute notre communication dans le réseau social. C’était en 2007.
Cette année, les étudiants sachant que j’étais présent dans Twitter m’ont demandé de communiquer sur ce média à leur intention plutôt que dans notre groupe privé dans Facebook !
Voilà la situation… Soit nous « enseignants » évoluons, soit nous restons comme des boulets pour nos étudiants. Il n’est même plus question de savoir si l’on doit utiliser les TIC en classe. Nous en sommes à la présence et à l’usage des réseaux sociaux, voire même du web temps réel dans nos enseignements qu’il ne faut pas confondre avec les plates-formes d’apprentissage en ligne (Moodle, Claroline…).]
Je voudrais mettre en évidence deux, trois passages :
1. Ouvrir la classe
En effet, les blogs et les systèmes de partages appartenant à la galaxie du Web 2 permettent de rendre consultables sur le web activités, ressources, consignes et commentaires réalisés en classe (pourquoi d’ailleurs ne pas tirer profit de cette possibilité pour étendre parfois le cours hors de la classe…
Évidemment, il ne faut pas vouloir préserver l’esprit de caste, de recroquevillement sur nous-même, d’espace privatif dans nos enseignements !
Commentaire : Etendre le cours hors de la classe... je pense que cela fait encore peur à beaucoup d'enseignants qui, paradoxalement, demandent à leurs élèves de ne pas se contenter des minutes de cours en classe ou en auditoire.. mais sont mal à l'aise de voir s'exposer leur parcours pédagogique hors de l'enceinte scolaire... avec un risque de commentaires, de surcroit ! Pensez-donc ! Sur un Moodle ou un Claroline sécurisé... peut-être, mais dans Facebook ou sur Twitter... Mais vous n'y pensez pas, cher Eric ! Et pourtant, bien sûr, je vous suis en ce sens...
2. Maîtriser le off
L’espace de la classe privé et exclusif aux étudiants doit voler en éclats pour s’ouvrir sur le monde extérieur. Cela implique évidemment un comportement adéquat de l’enseignant qui doit apprendre à manipuler le off comme lorsque l’on s’entretient avec un journaliste… Une notion de confiance réciproque doit se mettre en place.
Commentaire : Cette notion de confiance est primordiale, mais sans doute pas suffisante... Je pense qu'il doit y avoir un sentiment de cohésion dans le groupe classe et autour de l'enseignant... Si l'état d'esprit général n'est pas celui d'un équipage totalement solidaire, la publicité des échanges hors espace sécurisé risque parfois de tourner à délicate remise en cause, voire... au pire à lynchage sur la grand place... fut-elle virtuelle. Certes, il doit y avoir des convenances (comme l'usage du off ou de l'embargo en journalisme, par exemple)... mais qui se concevront comme d'autant plus évidents s'ils sont l'expression non d'une règle disciplinaire, mais d'un bon sens entre partenaires en apprentissage, qui se sentent engagés dans une aventure commune. Ce n'est pas affirmer un copinage de mauvais aloi entre tous, profs et élèves... mais bien une cohésion solidaire autour des fins et des moyens mis en oeuvre pour progresser tous, là où on est chacun, dans sa propre maturation. A chaque séance de travail, il serait logique que chacun se demande ce qu'il va apprendre de nouveau. Profs comme élèves.
3. Plonger dans les usages d'aujourd'hui pour ne pas se laisser dépasser par ceux de demain
Chacun des deux côtés doit apprendre à gérer ces nouveaux outils… C’est la connaissance superficielle ou l’image que l’on s’en fait qui est «dangereuse».
Commentaire : Les enseignants que j'accompagne en formation réclament encore souvent des arguments qui leur permettraient de dissuader leurs élèves d'investir dans ces médias sociaux, dangereux et malsains... Pourquoi cette demande (que, bien sûr, j'éconduis pour proposer une réelle intégration des Tices) ? Parce que ce qui circule sur les "risques liés à l'usage de ces réseaux sociaux" dans les médias, est tellement alarmiste... que cela ne peut qu'être vrai... et majoritairement représentatif ! Non ? Peu d'enseignants sont eux mêmes utilisateurs de ces réseaux... et beaucoup n'hésitent pas à condamner l'outil... puisqu'il permet des usages déplacés. A les suivre, ( mais s'en rendent-ils compte) il faudrait supprimer aussi les voitures, du fait des accidents de la route...
4. Merci pour la citation de François Guité
Comme l’écrit François Guité : « On cherche bien, par toutes sortes de contorsions, comment adapter les réseaux sociaux aux institutions scolaires. Il ne vient pas à l’esprit que les nouvelles technologies de la communication appellent de nouveaux modèles d’apprentissage, des processus qui s’accordent mal à des institutions modelées sur la transmission livresque du savoir».
Commentaire : C'était un classique, dans ma pratique de formateur, d'inviter à détourner les outils médias pour les mettre au service de la pédagogie... Nous sommes des bricoleurs, nous les enseignants ! Mais les mutations technologiques que nous connaissons aujourd'hui changent plus fondamentalement la donne... Et je dois recadrer ma pratique ! Un exemple : La notion de vie privée change parce que les pratiques se modifient. C'est un vrai fossé qui se mettra en place, si nous n'y prenons pas garde. La fracture numérique n'est plus tellement entre ceux qui ont la technologie et ceux qui ne l'ont pas (Fracture de première génération). Ni non plus entre ceux qui savent l'utiliser et ceux qui ne le savent pas...(La fracture de seconde génération)... Je pense qu'il s'en dessine une troisième... (et sans doute est-elle issue de ce phénomène Digital natives) : la fracture qui émerge entre ceux qui ne s'arrêtent plus aux repères d'avant les Tices (normal pour ceux qui ne les ont pas connus de façon ambiante) par rapport à ceux qui, mêmes en investissant les Nouvelles technologies, restent crispés sur les pratiques anciennes. L'exemple de la notion de vie privée est emblématique, à mon sens. Lire en écho de ceci : La vie privée un problème de vieux con ?
Dans le même ordre d'idée, vous connaissez sans doute la vidéo qui s'intitule : Comme hier ?
3,46 min pour mieux comprendre que les élèves que nous avons en classe appartiennent à une génération autrement équipée... mais qui, de ce fait, réfléchit et construit ses apprentissages tout autrement que la génération précédente. Pour nous, les adultes, il ne s'agit de jouer aux jeunes... mais de prendre la mesure que le monde est en train de changer fondamentalement et que cela demande plus qu'un détournement pédagogique de nouveaux outils grand public : un nouveau positionnement de l'école. Rien moins que cela... comme le disait bien François Guité.
Merci Eric, pour cette réflexion salutaire.
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