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Les villes de Québec et de La Nouvelle-Orléans ont bercé son imaginaire d’adolescente en mal de voyages. Rêves prémonitoires, en quelque sorte, puisque Martine Geronimi a non seulement quitté l’Hexagone, où elle se sentait à l’étroit, pour émigrer il y a 10 ans en terre américaine, mais elle a choisi de consacrer sa thèse de doctorat à ces deux villes, hauts lieux patrimoniaux de la francophonie d’Amérique.
Le 20 novembre dernier, l’éditeur parisien Belin lançait, au Salon du Livre de Montréal, l’ouvrage issu de ses travaux de recherches, sous le titre «Québec et La Nouvelle-Orléans. Paysages imaginaires français en Amérique du Nord.»
Martine Geronimi est professeure associée au Département de géographie. Parmi les grandes cités de la Nouvelle- France, Québec et La Nouvelle- Orléans connaissent aujourd’hui un engouement massif de la part des touristes. Séduits par l’ambiance française qui s’en dégage et confortés dans leur vision idyllique du passé, près de cinq millions de visiteurs foulent le sol de Québec chaque année. La Nouvelle-Orléans en reçoit pour sa part une dizaine de millions. «Ces destinations sont intéressantes à étudier parce qu’elles offrent deux exemples indissociables de la relation patrimoine/tourisme inscrites dans les paysages d’Amérique du Nord», note Mme Geronimi.
Les deux villes qui ont symbolisé un temps l’expansion territoriale des Français en Amérique ne conservent aujourd’hui qu’un très mince patrimoine architectural d’origine. «Le Vieux-Québec, en Haute-Ville, possède une riche architecture anglaise du 18e et du 19e siècle, alors que la Basse- Ville autour de la Place Royale, est une reconstruction influencée par l’architecture de la Nouvelle-France, explique Mme Geronimi. Quant au Vieux Carré – le quartier historique de La Nouvelle-Orléans – entièrement reconstruit par les Espagnols à la suite des incendies de 1788 et 1794, son architecture porte les marques de l’éclectisme. »
Pour comprendre les paysages patrimoniaux et touristiques comme ceux du Vieux-Québec et du Vieux Carré, «il faut considérer la dynamique géographique qui transforme les valeurs culturelles en paysages construits», explique l’auteure. C’est à partir du regard des touristes anglophones que Mme Geronimi a choisi d’élaborer sa réflexion. Élucidant d’abord les stratégies d’appropriation des quartiers historiques par les acteurs sociaux des 19e et 20e siècles, Mme Geronimi a ensuite analysé l’argumentaire qui a sous-tendu la naissance du tourisme de distinction et la réinvention du passé. «Les voyageurs qui découvrent les lieux vantés par les «faiseurs d’images» du 19e siècle sont attirés par les mythes et légendes que colportent les guides touristiques.
Québec apparaît encore sous le jour d’une ville médiévale et catholique auréolée du prestige de ses hauts faits historiques et La Nouvelle-Orléans conserve une aura de ville à la fois française, européenne et catholique.» Pour l’étude de la période contemporaine, qui a donné naissance au tourisme de masse et de consommation, Mme Geronimi a ajouté au corpus étudié ses propres observations sur le terrain. «D’un paysage urbain, créé apparemment de toutes pièces sur un modèle français, nous sommes passés à un paysage patrimonial de consommation touristique internationale, recomposé par le regard des touristes qui le consomme…
Le Vieux-Québec et le Vieux Carré sont des scènes où se joue chaque année une version historicisée et ritualisée d’un moment valorisé du passé», signale la géographe. Si les deux villes illustrent la vénération de notre époque pour le passé, elles présentent toutefois deux aspects opposés des valeurs françaises en Amérique : le vice et la vertu, soutient l’auteure. «Le Vieux-Québec évoque une majesté, alors que le Vieux Carré représente la légèreté. Cette désinvolture toute créole, héritée des Français, vilipendée par les Américains du siècle passé apparaît fort recherchée de nos jours…
De son côté, le Vieux-Québec capitalise l’authenticité de la langue française encore parlée en Amérique… l’opiniâtreté des premiers colons qui s’affirment dans la fresque des Québécois. Le romantisme associé au Vieux-Québec est fait de pureté voire de virginité.
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