En vérité, dans la création des Cieux et de la Terre, et dans l’alternance de la nuit et du jour, il y a des signes imperceptibles pour nous, humains, mais qui sont présent sur Terre même si nous ne pouvons pas les voir. Karas est le Corbeau, dans la plupart des civilisations, il représente un symbole qui va au-delà de l’oiseau charognard de l’occident. Dans la mythologie nordique le corbeau était le messager des dieux perchés aux épaules d’Odin. Les grecs y voyaient l’allié des dieux puisque la plupart sont représentés avec un corbeau. Ils apportaient tantôt la chance, tantôt la malédiction. Dans la civilisation amérindienne le corbeau portait la fonction de guide des morts, l’animal qui menait les âmes au ciel ou encore comme un protecteur connu sous le nom de Raven.
La série de six OAV Karas fête le 40ème anniversaire du grand studio Tatsunoko Production. Produit en 2002, les trois premiers OAV ont vu le jour à partir de 2005 et les trois derniers en 2007. Un travail colossal pour ce studio qui est spécialisé dans les séries sensationnelles. Nous retiendrons parmi toutes leurs séries la saga Catchaman, Generator Gawl (1998) et The SoulTaker (2001) qui donnent un exemple du talent de ce studio pas comme les autres. C’est à Tatsuo Yoshida et ses frères Kenji et Toyoharu à qui nous devons la fondation du studio dans les années 60. Pour vous donner une idée de l’impact du studio Tatsunoko Production, on retrouve d’anciens employés dans la fondation du Studio Pierrot (Get Backers, la saga Saiyuki, Hikaru no Go, Naruto Shippûden, Blue Dragon), J.C. Staff (Utena, Read or Die TV, Ghost Hunt, Nabari no Ô), sans oublier l’un des studios les plus célèbres de ce 21ème siècle, Production I.G (GITS : Stand Alone Complex, Blood+, Le Chevalier d’Eon, Ghost Hound) et d’autres studios encore. L’équipe de la Tatsunoko Production est unique, chacune de leurs œuvres est un véritable bijou, toujours appliquée dans leurs travaux, prenant le temps pour finaliser leur objectif. Aujourd’hui la Tatsunoko Production est parvenue à créer l’une des séries d’OAV les plus réussies de l’animation japonaise. Rarement une série a été aussi délicatement animée en terme technique, rarement une histoire aussi courte soit-elle est parvenue à nous sensibiliser autant, rarement de telles œuvres nous parviennent en France et pourtant… et pourtant, Karas réuni tous les ingrédients pour nous plonger durant 130 minutes dans les profondeurs d’une humanité bafouée par l’égoïsme, l’avarice, l’individualisme et la corruption. Une nouvelle œuvre d’art traverse nos contrées françaises grâce à Dybex en licenciant ce chef-d’œuvre et en le proposant en deux DVD. Keiichi Satô est le créateur de la série, il a également travaillé sur The SoulTaker, sur des films de City Hunter et sur le chef-d’œuvre Wolf’s Rain en tant que directeur d’animation.
Keiichi Satô voue sa vie dans l’aboutissement de séries animées originales. Il travaille souvent en collaboration avec d’autres studios pour apprendre mais également pour mettre en application ces connaissances dans les domaines de l’animation. Et Hajime Satô s’est occupé du design des personnages comme à son habitude lui conférant le meilleur style qui représentait le plus fidèlement l’ambiance de Karas. Dans un Japon contemporain, l’histoire nous entraîne à Tokyo où chaque quartier de Tokyo (appelé “Machi” en japonais qui signifie ville mais à prendre au sens quartier dans ce contexte) possède un protecteur, portant le nom de Maître Karas. Ce protecteur est choisi en fonction de la volonté du quartier (Machi) elle-même qui se matérialise sous les traits d’une jeune fille portant le nom de Yurine (se prononce “Yuriné”). C’est ensuite cette même Yurine qui choisit le Karas qui sera digne de vouer son âme à la protection des lieux. Ainsi, Yurine symbolise le pacte entre la volonté de la ville et l’Élu. L’équilibre entre Yurine et Karas est complémentaire, l’un ne peut vivre sans l’autre. Nous avons encore le symbole du Yin et du Yang. L’une symbolisant la Lune et l’un le Soleil. La volonté unit à la force, c’est sous cette alliance que le rôle du Karas prend son ampleur. Cependant aucun homme ne peut devenir un Karas, c’est à travers la mort qu’il est possible d’atteindre la lumière, donc en devenant un Karas, l’humain abandonne sa vie sur Terre pour laisser son esprit ou son âme revêtir l’armure sacrée. Ekô fut le Karas du quartier de Shinjuku, ayant protégé la ville durant des siècles et des siècles, passant l’éternité à sauver les humains de leur propre déchirure, témoin de la décadence de l’humanité, victime du monde courant à sa perte. Claude Aveline a dit un jour : “Fais que chaque heure de ta vie soit belle. Le moindre geste est un souvenir futur”. L’ambition de sauver Shinjuku le pousse à établir un plan pour défier les règles sacrées afin d’apporter la paix auprès des Hommes. Toutefois, faisant abstraction du repos qui lui a été accordé, un nouveau Karas fait son apparition à Shinjuku. D’après les règles sacrées, un seul Karas est assigné à un quartier, ce qui amène indubitablement un conflit entre Karas Ekô et Karas Otoha. Mais loin de se résigner à abandonner ce pour quoi il a passé un millénaire à se battre, Ekô décide de mener à terme son plan. On dit souvent que la vie est un travail qu’il faut faire debout.
C’est ainsi que le monde des Yôkai (esprits japonais) et des humains autrefois délimités s’ouvrent et des Mikuras (démons) deviennent les exécutants du plan machiavélique d’Ekô. Le téméraire Otoha devient le nouveau Karas de Shinjuku. La lourde tâche de sauver Shinjuku l’entraîne dans la plus sanglante guerre opposant deux Karas. Et comme si cela ne suffisait pas, Otoha devra combattre les démons de son passé pour briser les liens qui maintiennent son corps en vie. Qui a dit que Karas Otoha serait seul dans cet affrontement ? Nue (se prononce “Nué”) est un Mikuras d’un des quatre éléments terrestres qui recherche son frère. C’est au fur et à mesure de l’histoire qu’il se tiendra au côté d’Otoha pour défaire Ekô qui contrôle le jeune frère de Nue. Nue est un personnage attachant, amusant, amateur d’armes à feu, et c’est à travers sa vision durant le premier OAV que nous nous immergeons dans l’univers folklore japonais. Un choix plus que judicieux car de ce fait, l’histoire nous place sous trois angles de vue différents (Nue, Otoha & Ekô). La force de Nue est immense lorsqu’il se transforme en Mikuras. Cachant son véritable pouvoir, et sa destinée, il restera gravé dans la mémoire d’Otoha, et le poussera aux delà de ces limites pour acquérir le véritable pouvoir des Karas. D’autres personnages font leur apparition comme deux inspecteurs qui recherchent l’origine des morts surnaturelles qui jonchent Shinjuku. Mais également un autre Karas qui malgré son air détaché, viendra en aide à Otoha dans cette guerre qui au final va plus loin que la domination du monde puisqu’elle aboutira à la survie ou à la disparition des humains et Yôkai. Certes, la série ne développe pas suffisamment la psychologie des personnages, certes, la série ne développe pas suffisamment le lien entre Yôkai et Humains mais ce n’est pas son but puisque c’est avant tout un hommage. Six magnifiques OAV qui mettent en scène l’histoire d’un peuple où l’envie insatiable a barricadé les hommes, où la haine a multiplié les effusions de sang, une histoire où l’homme a développé des connaissances qui l’on renfermé sur lui-même, où l’intelligence a rendu l’humanité inhumaine. Une belle histoire qui montre que nous ne ressentons pas assez ce qui nous entoure et que nous pensons trop.
Et que dire des combats qui ponctuent l’histoire de manière à ne jamais s’ennuyer ? Majestueux, des chorégraphies maîtrisées à la perfection, le mélange de Graphic Computer (GC) se mariant parfaitement au dessin japonais montre le talent des membres de la Tatsunoko Production dans l’animation (animation hybride 2D/3D). À la différence de la récente série Blassreiter du studio Gonzo. Et n’oublions pas, la bande sonore jouée par l’Orchestre de Prague, où les sonorités et rythmiques émergent le spectateur dans un tourbillon musical réellement appréciable en plus d’une histoire captivante où les minutes semblent défilées telles des secondes ! Après le super-héros Guyver, les japonais en ont un nouveau qui veille sur eux, portant le nom de Karas, protégeant les Yôkai et les humains, dont la vie est vouée à la protection de l’humanité. Petit aparté, on remarquera que Karas reprend des thèmes que l’ont retrouvent dans la série animée The SoulTaker (en moins développé puisque cette dernière série ne compte que 13 épisodes) et également dans son genre, alors chers membres du studio Tatsunoko production, The SoulTaker reprendra t-il vie un jour ? Aurons-nous le droit à une nouvelle saison ou à un film d’animation à son effigie ? On l’espère en tout cas, et après avoir vu Karas, on ne peut être que confiant en l’avenir de l’animation japonaise. Six OAV à ne pas rater pour tout passionné !
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